Association pour la santé publique du Québec

Retour à la liste Imprimer

Communiqués et publications

19 juin 2017 - lettre ouverte - Cannabis
Revue de presse

Cannabis: Avant qu'il ne soit trop tard!

Montréal, le 10 mai 2017

Monsieur le Premier Ministre du Québec,

Le cannabis à des fins récréatives et ses dérivés ne sont pas encore officiellement légalisés au Québec; cependant, se les procurer est devenu un jeu d’enfants. Le Journal de Montréal décrivait la facilité avec laquelle des journalistes ont réussi à se procurer, par voie postale, plusieurs produits comestibles à base de cannabis : miel, bonbons en forme de bonhomme Lego ou d’oursons, huile de coco et chocolat.

Portrait de la situation
Observez bien : le marketing du cannabis fait déjà partie de notre environnement quotidien. Des panneaux urbains font la promotion de l’application WeedMaps, qui offre 15 % de rabais et des 2 pour 1 sur le shatter[1], un produit aussi fort que controversé; Tweed, producteur de cannabis médicinal, est très actif sur Twitter. Au gré des saisons, les promotions abondent : pour les fêtes, un chocolat chaud gratuit, pour la journée mondiale du cannabis, le 4 avril, il présentait son t-shirt spécial 4-20. Tweed affiche étale publiquement sa participation à un événement de collecte de fonds pour la Fondation des maladies du cœur. Son site Web regorge d’outils promotionnels rappelant la publicité «style de vie» : t-shirt, casquette, tuque et bas à l’effigie de la compagnie y sont vendus. Rappelons qu’en 2016 Tweed a profité de revenus en bourse de 1 milliard $. Voilà l’aboutissement d’une stratégie marketing bien orchestrée qui s’adresse à un public plus vaste et surtout plus jeune.

Souhaitons-nous banaliser la consommation du cannabis?
Pour l’ASPQ, tout laxisme réglementaire est toxique, puisqu’il invite à une consommation accrue de cette substance. Dans son énoncé de position, paru en avril 2017, l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) plaçait la santé durable pour tous au cœur du projet de légalisation du cannabis à des fins récréatives. À cet effet, elle adresse des recommandations très précises dont :

Créer un monopole d’achat et de distribution étatique et que celui-ci relève du Ministère de la Santé et des Services sociaux et non du ministère des Finances (comme c’est actuellement le cas pour la SAQ et Loto Québec). Ainsi, son mandat lui permettrait de veiller à mieux limiter les ventes et donc mieux protéger la santé de la population. L’approche du gouvernement ne serait pas essentiellement commerciale, mais plutôt guidée par un souci de protection de la population et de prévention.

Interdire toute forme de marketing. Tous les produits dérivés (comestibles, produits d’autosoins, etc.) soient interdits, car ils banalisent le cannabis et contribuent à augmenter sa consommation.

L’engagement de notre gouvernement provincial, face à la légalisation du cannabis à des fins récréatives, doit viser à protéger la santé des citoyens et à faire échec au marché clandestin; et non pas à accumuler les profits. Il importe que vous agissiez rapidement afin d’encadrer, de manière responsable la distribution de cette substance. Monsieur le Premier ministre, afin de ne pas répéter les erreurs commises avec le tabac et surtout profiter de l’expérience du Colorado en matière de légalisation du cannabis à des fins récréatives, l’ASPQ demande d’intervenir avec célérité pour empêcher ces excès qui risquent de créer de dangereux précédents, s’ils ne sont pas contrôlés rapidement.

Plus que jamais, la prévention est clé.

Recevez, Monsieur le Premier Ministre, l'assurance de notre plus haute considération.

Émilie Dansereau-Trahan, M.A.

Porte-parole ASPQ, dossier cannabis

 

[1] Drogue obtenue par l’extraction du THC ayant une teneur en THC pouvant aller jusqu’à 90%.

Partager