Association pour la santé publique du Québec

Imprimer

Présentation du projet

La stigmatisation à l'égard du poids : un obstacle à l'adoption de saines habitudes de vie...

Ce projet vise à réduire la stigmatisation à l’égard du poids chez les jeunes dans le but de créer un environnement favorable à l’adoption de saines habitudes de vie, de contribuer à la mise en place de facteurs de protection pour la santé mentale et de participer au processus de changement de la norme sociale à l’égard des personnes en surpoids.

  • Défintions 

La stigmatisation

Est le fait de CATÉGORISER un groupe de personne au sein d’une société par rapport à un attribut ou critère commun.

C’est un processus social complexe mettant en relation plusieurs autres concepts : l’étiquetage social et la discrimination, la déviance et la normalisation des comportements, la vulnérabilité et les rapports de pouvoir, les représentations sociales, voir même l’identité.

La discrimination

C'est le fait de différencier en traitant de manière inégale et/ou défavorable un ou plusieurs individus par rapport à un attribut commun considéré “hors normes” par la société.

Les saines habitudes de vie

Le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS 2012) les définit comme l’ensemble des éléments de nature physique, socioculturelle, politique et économique qui exercent une influence positive sur l’alimentation, la pratique d’activités physiques, l’image corporelle et l’estime de soi. Ces éléments peuvent faire partie du micro ou du macroenvironnement et doivent être considérés dans leur réalité objective ou perçue, ainsi que dans la complexité de leurs interrelations.

Le MSSS préconise un environnement favorable à l’alimentation, un mode de vie physiquement actif et la prévention des problèmes reliés au poids (réfère au double problème de l’excès de poids et du désir omniprésent de minceur, que l’on nomme «préoccupation excessive à l’égard du poids»).

MSSS Environnement favorable et saines habitudes de vie

Les normes sociales

Les normes sociales sont des règles ou des modèles de conduite socialement partagés, fondés sur des valeurs communes et impliquant une pression en faveur de l’adoption d’une conduite donnée, sous peine de réprobation de la part de la société ou du groupe de référence*.

* Baril G., Paquette, M-C., Institut national de santé publique du Québec, Les normes sociales et l’alimentation, Analyse des écrits scientifiques, publication no 1486, 30 p.

  • Contexte

La stigmatisation à l’égard du poids a fait l’objet d’un intérêt limité de la part des chercheurs québécois et canadiens, de sorte que nous disposons de peu de données probantes sur les discriminations subies à l’égard du poids chez les adolescent(e)s, sa prévalence, leurs natures, les sources et leurs conséquences sur la santé mentale.


Pourtant, les jeunes obèses sont davantage sujets à l’intimidation à cause de leur excès de poids. Ce projet contribuera au développement des connaissances sur ces sujets. Il s’appuie sur les travaux récents de Madame Rebecca Puhl, chercheure et directrice scientifique de la recherche sur la stigmatisation au Rudd Center for Food Policy & Obesity at Yale University. En 2009, Puhl et ses collaborateurs ont réalisé une étude sur la perception des adolescents au sujet de la stigmatisation à l’égard du poids*. Au total, 1555 adolescent(e)s âgés entre 13 et 19 ans ont répondu au questionnaire distribué dans deux écoles secondaires du Connecticut. Les résultats de cette recherche sont révélateurs du problème que pose la stigmatisation. Les auteurs notent, en effet, que 41% des étudiants identifient le fait d’avoir un surplus de poids comme étant la principale raison de discrimination. Ils mentionnent aussi que 92% des adolescent(e)s rapportent avoir été témoins de comportements stigmatisants à l’égard de leurs pairs, tels que se moquer (92%), se faire « traiter de noms » (91%), être taquinés (négativement) durant les activités physiques (85%) être ignorés ou évités (76%) et exclus de certaines activités sociales. Cette étude révèle que la stigmatisation à l’égard du poids ne provient pas seulement des pairs, mais également des parents et des professeurs.

* Puhl, R., Luedicke J., Heuer C., (Nov 2011) Weight-Based Victimization Toward Overweight Adolescents : Observations and Reactions of Peers, The Journal of School Health, v.81, no 11, p. 696-703.
 
  • Pourquoi est-ce important de s’intéresser à la stigmatisation à l’égard du poids?

Les conséquences de la stigmatisation à l’égard du poids sur la santé physique et mentale des individus sont nombreuses. Une insatisfaction en regard de son image corporelle, une faible estime de soi, des symptômes dépressifs, des comportements alimentaires nuisibles à la santé (anorexie, boulimie…), un isolement social et une sédentarité comptent parmi celles-ci. Il est d’autant plus pertinent de s’attarder à ces questions dans le contexte où la prévention et le traitement de l’obésité chez les enfants et les jeunes prédominent et que l’importance « d’intervenir sans nuire » préoccupe les professionnels et les chercheurs. En ce sens, le Réseau canadien en obésité/Canadian Obesity Network (CON) affirme qu’il faut intervenir à plusieurs niveaux pour prévenir la stigmatisation à l’égard du poids, et ses conséquences sur la santé physique et psychologique des adolescent(e)s. Sur le plan individuel, il faut reconnaître la vulnérabilité personnelle des enfants ayant un surplus de poids tout en démystifiant, sur le plan collectif, les causes et la complexité de l’obésité (CON, 2011). Selon Dr. Sharma, directeur scientifique du CON, la diminution de la stigmatisation découlera d’une meilleure compréhension du « pourquoi » de l’obésité (facteurs psychologiques, les environnements obésogènes, la culture dans laquelle nous vivons, les facteurs biologiques, etc.). Madame Rebecca Pulh va dans le même sens en affirmant qu’il est essentiel de contribuer à changer l’environnement dans lequel évoluent les adolescent(e)s pour les protéger.

 

Le projet de l’ASPQ s’inscrit donc dans cette logique, car il vise un changement de l’environnement social dans lequel grandissent les adolescent(e)s, soit les milieux qu’ils fréquentent (scolaire, familial et de santé) et les adultes et professionnels qui les entourent. Nous avons privilégié d’intervenir sur l’ensemble d’une population plutôt que de viser uniquement les jeunes ayant un surplus de poids et leurs parents. De cette façon, nous diminuons le risque d’accroître la stigmatisation de ces derniers et amènerait les potentiels "intimidateurs" à prendre conscience des conséquences de leurs actes discriminatoires.