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Lettre ouverte - La Presse, le 19 mars 2001

Les jeunes sont-ils si gros ?
Entre la responsabilité individuelle et le complot commercial, réussirons-nous à contrer l’accroissement de l’obésité chez nos enfants?

Lyne Mongeau, responsable du groupe et Liliane Bertrand, Diane Boudreault, Lise Gauvin, Lysane Grégoire, Suzanne Laberge, Brigitte Lachance, Marie-Paule Leblanc, Marielle Ledoux, Simone Lemieux, Paule Masson, Jocelyne Petit, Alain Poirier, Maria Victoria

NDLR : Le texte qui suit, publié le 19 mars dernier dans La Presse, est la réponse in extenso des membres du GTPPP à une série d'articles d'André Noël portant sur l'obésité et les enfants. Les auteurs appartiennent à un groupe de travail provincial sur la problématique du poids qui œuvre au sein de l’Association pour la santé publique du Québec. Ils proviennent de différents milieu : universitaire, santé publique, activité physique, enseignement. Le mandat du groupe est d’élaborer un plan d’action national pour favoriser le maintien d'un poids santé, de saines habitudes de vie et d'une bonne image de soi dans la population du Québec. Nous saluons l’intérêt manifesté par André Noël qui a produit un dossier étoffé sur l’obésité chez les enfants dans La Presse des 10, 11 et 12 février. Outre le caractère informatif, ce dossier a certainement eu le mérite de sonner quelques cloches. En tant que groupe éminemment intéressé par le sujet, nous souhaitons apporter quelques nuances.

C’est frappant de constater qu’à travers les nombreux articles qui sont écrits sur le sujet du poids, il semble toujours difficile de faire preuve de modération. Au-delà des risques à la santé, le poids et l’image du corps soulèvent les ardeurs, les jugements de valeur quand ce n’est pas carrément la haine et la peur du gras.

D’abord, l’ampleur du problème. L’excès de poids et l’obésité chez les adultes québécois augmentent bel et bien. Les données des trois enquêtes de Santé Québec de 1987, 1992-1993 et de 1998 le démontrent clairement : entre 1987 et 1998, l’excès de poids chez les adultes québécois est passé de 19 % à 28 %, soit une augmentation de 47 % et l’obésité, sous-catégorie incluse dans l’excès de poids, passant de 9 % à 13 % durant la même période, augmentait quant à elle de 44 %.

Qu’en est-il chez les jeunes ? Dans les enquêtes précédemment mentionnées, qui ciblaient les 15 ans et plus, le seul groupe d’âge pour lequel l’excès de poids n’a pas véritablement progressé durant ces onze ans, est le groupe des 15-19 ans. Quant aux enfants plus jeunes, le Québec ne dispose malheureusement pas de données fiables. La situation des Américains est tout autre puisqu’ils disposent d’un suivi de leur population depuis les années 1960. Ils parlent donc d’augmentation de l’obésité en connaissance de cause. Insistons sur un aspect, avant de clamer le désastre, il est important de se baser sur des données fiables. Qu’en est-il de l’étude citée par André Noël, issue du Journal de l’Association médicale canadienne, qui indique que l’excès de poids et l’obésité chez les enfants canadiens a à peu près doublé en quinze ans? Et bien, si on demande à des parents de rapporter, lors d’une enquête téléphonique, le poids de leurs enfants, quelle sera, croyez-vous, la marge d’erreur ? L’étude dont nous discutons ici a utilisé cette méthodologie. Dans les circonstances, on ne peut être que circonspect face aux conclusions des chercheurs et nous comprenons que même les journalistes les plus chevronnés y perdent leur latin…

Que conclure ? L’augmentation du poids chez les adultes québécois n’est pas virtuelle. Quant à celle chez les enfants, comme pour toute chose, si la tendance se maintient, il souffle un vent du sud, qui nous fait davantage l’effet d’une douche froide que d’un doux vent chaud. La situation est certes préoccupante mais elle ne revêt toutefois pas le caractère de perte de contrôle et de panique qu’évoque une épidémie. Néanmoins, elle requiert un suivi très serré de la part des autorités de santé. Un aspect qui n’est pas ressorti des propos de monsieur Noël, et sur lequel nous tenons à insister, est que, loin de minimiser le problème, nous croyons que le Québec est dans une position très favorable, comparativement à bien d’autres populations, puisqu’il a l’opportunité de pouvoir prévenir une augmentation effrénée du poids dans sa population. À la condition d’agir..

Selon le journaliste Noël, « les causes (de l’obésité) sont mal identifiées et les solutions difficiles à trouver ». Malgré ceci, monsieur Noël a pourtant énoncé avec éloquence plusieurs causes possibles de l’obésité: la consommation de gras, de sucre, de fast-food, de boissons gazeuses, l’Internet, les jeux vidéos, la télévision et son inséparable et diabolique publicité, le manque d’activité physique, etc. Il a voulu nous démontrer avec force la contribution de l’industrie agroalimentaire et de la publicité, dont on parle peut-être moins souvent. De notre point de vue, nous croyons que les causes de l’augmentation du poids moyen des populations sont très nombreuses, intereliées et complexes et, que de mettre à exécution les solutions, pourtant connues et nombreuses aussi, constitue le défi du siècle…!

On cherche sans cesse le grand coupable de cette « calamité » ? Lysiane Gagnon, qui faisait écho à son collègue quelques jours plus tard, semble avoir compris que les porte-paroles de l’Institut national de santé publique et de la Société canadienne de pédiatrie désignent au premier chef un coupable « corporatif » au problème de l’obésité. Et, il ne s’agirait pas, selon elle, du bon coupable. Elle voit plutôt les choses de manière diamétralement opposée, fustigeant la mise en place de lois et ciblant essentiellement le rôle des parents dans l’éducation des enfants : «…ces enfants obèse écrasés devant la télévision, est-ce qu’ils sont tous orphelins ? N’ont-ils pas, au moins pour quelques-uns d’entre eux, des parents ? … Qui leur achète ces cochonneries bourrées de sucre et de mauvaises graisses ? N’y a-t-il personne pour les élever, ces enfants-là, et leur apprendre qu’on ne doit pas consommer tout ce qui est annoncé à la télévision ? ».

De tels propos sont peu respectueux des personnes, peu importe leur poids. Depuis quand peut-on utiliser sans vergogne des termes comme « ventripotents », « génération bouffie », « mangeurs de cochonneries » pour qualifier les citoyens de ce pays ? Est-ce d’une quelconque utilité ? Connaissez-vous beaucoup de « gros » contents de l’être ? Croit-on que c’est en se faisant traiter de la sorte que les parents prendront allègrement avec leurs enfants le chemin du musée ou du zoo, comme le conseille la Société canadienne de pédiatrie, afin de dépenser quelques calories et éviter pendant quelques heures le racolage publicitaire ? Ces insultes inciteront-elles les parents à brancher leurs enfants à la minuterie plutôt qu’à l’Internet afin de limiter leurs heures d’écoute de télévision et de chatting…? Ou encore, chauffés à bloc par l’obsession du siècle, contribuerons-nous à l’enrichissement du prochain « bon dieu » des diètes ?

Alarmer la population avec de tels propos nous inquiète. Par le passé, les américains ont tenté l’expérience de grandes campagnes nationales de Shape Up. Malheureusement, l’obésité ne s’est pas inclinée. Au contraire, les aliments légers et les diètes font davantage partie du problème que de la solution. En plus de finir par être découragés, les individus développent souvent des obsessions de nourriture et délaissent la pratique d’activités physiques, qui ne répond pas à leurs attentes de perte de poids instantanée…Résultat : l’obésité continue de s’accroître et la santé de décliner. À continuellement clouer tel ou tel aliment au pilori, l’alimentation devient un champ de bataille et désintéresse les gens. Jouer à la police alimentaire avec nos enfants pourrait bien les amener à avoir une alimentation chaotique (se cacher pour manger, sauter dans les chips quand enfin ils en trouvent) et en définitive, nuire au contrôle de leur poids. Mieux vaut leur faire confiance, tout en prenant nos responsabilités de parents (fournir un encadrement alimentaire normal i.e. des repas sains selon un horaire structuré, des aliments dans le garde-manger pour se constituer une boîte à lunch digne de ce nom, avoir une cuisine remplie de bonnes odeurs et une ambiance conviviale pour manger, etc). Surtout, ne pas oublier l’essentiel, les aimer tel qu’ils sont. L’amour inconditionnel qu’on donne à nos enfants est un gage de santé et d’une vie réussie.

Bien sûr, manger mieux et bouger plus, c’est ce qu’il faut faire. Tout le monde le sait. Pourquoi ne le faisons-nous pas davantage? Là, on commence à poser sérieusement le problème. Les parents, dont la majorité passent de trop longues heures partis du foyer, sont crevés à leur arrivée et doivent se mettre à la tâche de préparer un repas équilibré tout en se réservant le temps de faire des activités physiques, de préférence avec leurs enfants, ceci entre les devoirs, les bains, la lecture et les réunions à l’école…La responsabilité individuelle, c’est-à-dire celles des parents dans l’éducation à la santé de leurs enfants, est déterminante, c’est une évidence. Mais cette éducation doit pouvoir compter sur des mesures sociales appropriées. Si nous souhaitons vivre en meilleure santé, nous devons faire des choix de société : se donner du temps pour cuisiner et apprendre à nos enfants à le faire, à condition d’avoir une disponibilité d’aliments sains et accessibles financièrement; faire du sport avec nos enfants dans la mesure où il y a des activités organisées dans les quartiers à prix accessible. Ceci requiert d’avoir une organisation du travail et des valeurs de société qui permettent aux parents de disposer de temps pour réaliser leur œuvre d’éducation. Mais encore, des transports en commun de qualité, un aménagement urbain qui favorise la marche et le vélo en toute sécurité, des repas à l’école qui respectent les principes enseignés dans les cours d’éducation à la santé et une présence significative d’activités physiques à l’école. Ironique de constater qu’il faille mener des luttes pour intégrer à l’horaire des écoles un temps substantiel pour bouger et « jouer dehors »…

Deux conditions fondamentales et inséparables sont requises pour favoriser l’adoption de saines habitudes de vie dans une société : la responsabilité de chaque individu soutenue par un environnement qui facilite les choix de santé. Entre les gourous de la bouffe qui nous charrient d’une mode à l’autre, la quête de profits sans cesse plus importants des grandes corporations, les insultes à peine voilées envers les défavorisés de la biologie qui engraissent-juste-à-regarder-la-bouffe, sommes-nous prêts, individuellement et collectivement, à relever le défi de faire les choix de société qui s’imposent dans l’harmonie et le respect de la diversité des formats corporels?



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Aperçu de la problématique

Projet sur les environnements facilitants

Projet sur les produits, services et moyens amaigrissants



PSMA

Les utilisatrices de produits, services et moyens amaigrissants

Industrie de l'amaigrissement

Double victoire pour la surveillance de l'indutrie de l'amaigrissement

Achats à distance : produits amaigrissants Açai Pure ou Colon Cleanse


Divers

Une autre belle victoire contre la publicité destinée aux enfants

La Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée

Politique alimentaire du MSSS dans les hôpitaux

Projets de Quartiers verts, actifs et en santé à Montréal!

Un nouvel acteur dans le dossier

Les problèmes reliés au poids au Québec

Les problèmes reliés au poids au Québec : un appel à l’action

Les messages émis par l'ASPQ

Rendre les environnements favorables à la santé

Les nouvelles Lignes directrices canadiennes pour la classification du poids

Des projets de recherche - action

Vers un Programme national de santé publique

La première année du GTPPP

Les jeunes sont-ils si gros ?

Association pour la santé publique du Québec



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