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Le Périscoop - Juin 2006, Volume 10, Numéro 1

Un centre de naissance à l’américaine

Nesrine Bessaïh
coordinatrice de dossiers politiques, Regroupement Naissance-Renaissance

Les maisons de naissance du Québec sont reconnues au niveau international comme des centres d’excellence en périnatalité. Lors de la conférence de la Coalition for Improving Maternity Services (CIMS) sur l’Initiative ami des mères et des familles (IAMF)(1), nous avons découvert un centre de naissance qui tend à s’en rapprocher.

Un centre de naissance en Floride

En 1996, le docteur Stephen R. Guy mettait sur pied le centre de naissance Family Begginings Birth Center (FBBC) au sein d’un hôpital de niveau III, le Miami Valley Hospital (Floride). L’hôpital comptait déjà un département d’obstétrique classique, mais le Dr Guy avait d’autres visées pour le centre qu’il désirait mettre sur pied. Le centre de naissance, situé dans un bâtiment indépendant, répond à une demande de la population locale d’avoir accès, dans un contexte hospitalier, à un environnement qui respecte et soutient la physiologie de l’accouchement. Il ouvre ses portes aux femmes vivant une grossesse normale et, à la moindre complication au cours du suivi ou de l’accouchement, les femmes sont transférées au département d’obstétrique générale de l’hôpital. Tous les protocoles sont basés sur des données probantes et veillent à donner aux femmes et aux familles l’expérience qu’elles souhaitent pour accueillir leur enfant. En ce sens, le FBBC représente un exemple concret de ce à quoi pourrait ressembler un établissement qui répond aux exigences de l’IAMF. Depuis dix ans, les principaux intervenants sont des médecins et des infirmières et, depuis l’année dernière, on y retrouve également des sages-femmes.

Le FBBC connaît un grand succès. Beaucoup de femmes et leur familles choisissent d’y être suivies et d’accoucher dans des conditions qui se distinguent par la qualité des soins, par l’accompagnement d’un à un durant le travail et par un suivi personnalisé. De plus, le FBBC affiche un taux d’intervention très bas assez comparable à celui des maisons de naissance du Québec. Enfin, le fait que le centre soit situé dans un bâtiment distinct des locaux de l'hôpital représente un argument de choix pour nombre de parents qui y voient une protection face aux maladies nosocomiales.

Cependant, le FBBC a du mal à répondre à la demande principalement parce que peu de médecins du département d’obstétrique de l’hôpital acceptent d’y travailler. On note également que la « contamination » escomptée ne se fait pas dans le sens où le Dr Guy l’avait d’abord espéré. En effet, ce dernier pensait que les pratiques médicalisées et interventionnistes du département d’obstétrique changeraient au contact de l’approche personnalisée et humaine proposée par le FBBC. Malheureusement, c’est l’inverse qui se produit! Dans les statistiques du centre, on remarque le taux élevé de rupture artificielle des membranes (50%). Lorsque questionné à ce sujet, le Dr Guy explique que cette manoeuvre répond à une demande des néonatalogistes de l'hôpital qui s'assurent ainsi que le liquide amniotique n'est pas teinté de méconium. Cette intervention, réalisée sans raison médicale, dans le seul but de rassurer le personnel hospitalier, démontre la difficulté de maintenir un environnement qui respecte la physiologie dans un milieu hospitalier.

Les intervenants du FBBC restent vigilants face à d’autres transformations de leur mission première. Mais d’ors et déjà, cette déviation devrait nous amener à repenser notre perspective face à la présence de sages-femmes dans les hôpitaux du Québec. La simple logique nous amène à penser qu’une poignée de sages-femmes (75 au Québec), plongées dans un système aux rouages aussi lourds et rodés que le milieu hospitalier, verraient leurs pratiques transformées. Pourquoi penser qu’une approche qui repose sur l’individualisation des soins ne serait pas dénaturée par un système hospitalier industrialisé? L’exemple du FBBC démontre que même quand un établissement est assez autonome pour être séparé des locaux de l’hôpital et pour choisir ses propres routines et protocoles, la force des routines systématisées et des habitudes de gestion du risque rattrape rapidement le personnel le plus convaincu et l’amène à des transformations à l’encontre de son approche.

Les centres de naissance aux États-Unis

Le FBBC n’est pas le seul centre de naissance aux États- Unis. Il diffère cependant grandement des autres, qui sont généralement tenus par des sages-femmes et consacrés à leur pratique. Un des panélistes de la conférence de la CIMS, Allan Huber, traitait de ces centres de naissance et de leur potentiel commercial. Il expliquait que les centres de naissance devaient être présentés et gérés comme des PME et que les sages-femmes devaient apprendre à parler des « mères heureuses » et des « bébés en santé » comme de produits qu’elles sont capables de fournir.

Il faut ici se replacer dans le contexte américain où les soins et services de santé ne sont pas couverts par une assurance universelle. Près de 40 millions d’Américains n’ont aucun accès à une couverture médicale parce qu’ils sont trop « riches » pour bénéficier du Medicare et trop pauvres pour se payer une assurance privée. Alors que les États-Unis sont un des pays les plus prospères de la planète, un sixième de leur population vit sans filet de sécurité, dans des conditions qui frisent le sous développement! De plus, la santé y est perçue comme un bien commercialisable au même titre que les robes de soirées et les aspirateurs! Cet état de fait avait de quoi choquer la petite délégation québécoise qui s’est rendue à la conférence de la CIMS. Nombre de personnes nous ont manifesté leur étonnement et leur envie face à nos soins de santé universels et démocratiques. Tout cela aurait de quoi faire réfléchir les partisans de la privatisation de notre système de santé.

1. Consultez le site de la CIMS au www.motherfriendly.org.


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