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Le Périscoop - Septembre 2005, Volume 9, Numéro 2

L'accueil

Céline Lemay, Sage-femme
Responsable du dossier périnatalité, ASPQ




Ludovic et Blanche, sa grand-maman
Quel thème merveilleux que celui de l’accueil! En effet, qui d’entre nous n’a jamais ressenti le besoin de se sentir accueilli, accueillie?

Pourquoi parler d’accueil en périnatalité? C’est une période clé pour le faire. Non seulement les femmes et les familles se présentent-ils alors dans les lieux où nous oeuvrons, mais ils « arrivent » aussi dans un état nouveau : la période périnatale en est une de profondes transformations. Dans ce numéro, nous aurons une belle occasion de mieux connaître ce que peut signifier accueillir l’enfant réel qui vient de naître, accueillir des familles différentes, être un hôpital ou un centre « ami des bébés ».

Accueillir les personnes dans un lieu

Nous parlons de l’accueil qui se vit à l’arrivée. Comment s’y prennent ceux qui sont « de la place » et comment se sentent ceux qui arrivent? Elle arrive, ils arrivent au CLSC, à la maison de naissance, à l’hôpital, au centre de ressources périnatales, etc. Elle est sur le seuil, ils sont à la porte d’entrée ou au poste de garde, ne sachant trop que faire, ni comment ils seront reçus. Que se passe-t-il ensuite?

C’est là qu’on constate que l’accueil est à la fois un geste, une attitude et un sentiment. L’accueil n’arrive pas tout seul. Ce ne sont pas les murs, ni la décoration qui accueillent, bien qu’un environnement puisse être perçu comme accueillant. Il me semble que l’accueil est essentiellement lié à l’être humain. C’est grâce à une personne que l’on se sent accueilli.

Accueillir, c’est une façon de recevoir, de souhaiter la bienvenue sans tout connaître de l’autre. C’est ici que l’on se rend compte que ce que l’on accueille essentiellement, c’est « l’autre », c’est la différence, car si nous étions tous identiques, tous pareils, le mot accueil n’aurait pas besoin d’exister. Le seul but de l’accueil, c’est que l’autre se sente bien, qu’il se détende, qu’il ne soit pas sur la défensive, qu’il se considère en territoire « ami ». L’accueil rend donc possible le début de quelque chose, de même qu’il facilite la suite. Il implique une certaine confiance, une certaine bienveillance.

Comment penser à un contexte d’accueil? Je n’ai pas de réponse sauf en référence à des expériences personnelles où je me suis sentie accueillie. Il me semble d’abord que ce n’est surtout pas quelque chose de neutre, ni une technique que l’on applique. Il me semble aussi que c’est bien plus qu’une intention, une attitude ou un discours. En fait, il n’y a pas d’accueil sans manifestation, sans signe de l’accueil : un sourire, un geste, une parole.

Nous savons que les femmes se souviennent de leur accouchement toute leur vie. Elles ont une sensibilité et une « ouverture » particulière. Des gestes et des paroles qui sont habituelles pour nous peuvent les toucher plus que nous ne le pensons, positivement ou négativement. Nous faisons partie intégrante de leur expérience. Notre travail quotidien, souvent constitué de routines, peut nous faire oublier à quel point c’est en même temps un moment unique et exceptionnel pour les parents. À chaque fois. l’accueil est basé sur l’action consciente et je crois que, parfois, l’agencement des lieux et même d’autres détails peuvent compter. Imaginons l’impression que peut ressentir une femme en travail lorsqu’elle est dirigée dans une salle où elle va d’abord être évaluée : « triage », « premier contact » ou « accueil »?

Accueillir les personnes en transformation

La maternité est une expérience singulière de transformation. Elle bouleverse la vie des individus, des familles et des sociétés. Nous intervenons à différents moments de ce processus et chacun est important pour son potentiel d’émergence, son potentiel de réalisation des êtres. Le processus biologique et corporel auquel nous portons attention ne peut en aucune façon être séparé de la personne et de son contexte. La danse n’a pas de sens sans le danseur…

La femme qui vient accoucher se présente dans notre lieu de travail mais elle se trouve aussi à « arriver » dans un état nouveau. Elle devient, en quelque sorte, une « mère nouveau-née ». L’homme qui vient d’avoir un enfant est aussi un père nouveau-né. Et que dire de l’enfant qui arrive dans notre monde!

C’est ici que notre capacité d’accueil peut faire une différence. Nous souhaitons ardemment que les parents accueillent leur enfant et s’attachent à lui, mais nous ne pouvons pas les forcer, ni dicter leur conduite. Seulement les inviter et les soutenir, car la naissance est une rencontre et l’allaitement est d’abord une relation. Le fait d’accueillir les parents dans l’expérience de ce qu’ils sont et de ce qu’ils sont en train de devenir les aide certainement à rencontrer et à accueillir à leur tour leur enfant. Nous sommes dans la délicatesse, l’émotion, la complexité et l’unicité de chaque situation. Nous sommes ici à l’opposé des routines et des gestes stéréotypés que les institutions portent dans leur fonctionnement. À nous d’y résister.

L’accueil s’insère difficilement dans un système gestionnaire, axé sur les techniques, l’efficacité et les résultats. Il ne relève pas d’une gestion de la qualité de l’acte mais bien plus de l’expression d’une qualité d’être. Accueillir celle qui est enceinte, celle qui est en travail et celle qui vient d’accoucher pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle est en train de devenir, alors que nous la connaissons si peu est une démonstration de notre confiance dans l’être humain. Il en va de même pour ces hommes qui deviennent pères. L’accueil ne peut pas être « utile ». Il est nécessaire… pour rendre le monde meilleur, car « Si on rêve de changer le monde, il faut déjà commencer par changer l’accueil au monde. » (Dominique Frappat-Libois)


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