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Novembre 2004

Le Périscoop



La septième génération...

Céline Lemay, Sage-femme
Responsable du dossier périnatalité, ASPQ

La conférence annuelle de L'ASPQ, qui cette année aura pour thème Obstétrique et santé publique : Élargir les perspectives sur les réalités de la naissance, se tiendra encore une fois dans le cadre des Journées annuelles de santé publique (JASP). Ces deux journées sont proposées sous le signe de l’interdisciplinarité et de l’ouverture. Des hommes et des femmes du terrain et de la recherche qui se questionnent et qui questionnent leur réalité. L’obstétrique et la santé publique se rencontrent. Les sciences biomédicales et les sciences humaines aussi.

Ce qui est intéressant est d’entendre parler « des réalités » au lieu d’avoir l’impression qu’il n’y a qu’une réalité. Ce qui est intéressant, c’est aussi la proposition d’élargir les perspectives, c’est-à-dire d’enrichir notre regard. Il faut reconnaître que le regard occidental sur la naissance est profondément dominé par la biomédecine et la technoscience. C’est à la fois une richesse mais c’est de plus en plus considéré comme une grande pauvreté. Pour une fois, il n’est pas question ici de protester ou de partir en guerre.

Lors de cette conférence, certaines questions seront posées : les intervenants en obstétrique ont-ils vraiment le choix? La naissance à la carte est-elle un mythe ou une réalité? Il sera aussi question de l’influence du médico-légal et de celle des médias. Ceux qui sont sur le terrain viendront parler de leur réalité, les sages-femmes viendront parler des différentes facettes de la profession au Québec. Il faut comprendre qu’une belle occasion nous est donnée de prendre du temps pour saisir notre situation collective, d’entendre du nouveau et d’échanger à partir de cette réalité précieuse au cœur de nos professions autant qu’au cœur de notre société : la naissance. L’invitation est lancée…

Depuis quelques décennies, la grossesse et l’accouchement sont regardés dans leur potentiel pathologique. À partir du moment où nous ne voyons qu’à travers les risques (et ils ne cessent d’augmenter), à partir du moment où le doute et la peur s’installent, notre tolérance à l’incertitude diminue et des techniques de surveillance et d’intervention ne semblent plus avoir de fin. C’est la dictature de la sécurité, un genre de sens unique proposé pour une expérience humaine unique et profonde.

Quel paradoxe alors que tout le monde s’entend pour affirmer que la grossesse et l’accouchement sont des processus physiologiques normaux du corps féminin. Qu’est-ce que la physiologie? C’est l’ensemble des processus biologiques sur lequel nous pouvons le plus compter comme êtres humains. C’est la vie de tous les jours! Comment se fait-il que nous soyons rendus à une ère du doute sur la capacité des femmes à porter et à mettre au monde nos enfants? Les discours sur l’approche centrée sur la famille existent mais il semble quand même que l’évolution des pratiques en obstétrique se développe de plus en plus en contradiction avec sa base théorique qu’est la physiologie.

Non seulement les professionnels doutent mais ce qui est de plus en plus préoccupant c’est que les femmes aussi ne se font plus confiance. Ce qui est aussi très préoccupant, ce n’est pas l’avancement des technologies mais bien leur utilisation généralisée et systématique dans un processus reconnu comme « normal » A PRIORI. Ce qui est préoccupant c’est que l’ensemble des pratiques nous parle de la perte de la confiance dans la normalité. La grossesse et l’accouchement sont traités comme une maladie. La peur gagne du terrain si facilement… si rapidement. Attention à nos solutions. La fuite donne souvent plus d’importance à ce que nous fuyons. Au fait, que fuyons-nous, ou plutôt qu’est-ce que nous ne voulons pas voir?

La réponse n’est pas simple mais le questionnement sur la situation a des chances de nous faire avancer. Il peut y avoir du nouveau pour nous donner des chances de sortir du piège des risques/interventions. Nous entendrons parler de la naissance « citoyenne », de l’accouchement comme moment sacré, de la perspective bioculturelle des besoins fondamentaux des êtres humains, des perspectives anthropologiques et psychologiques sur les pratiques actuelles.

Notre système de santé, très préoccupé par le vieillissement de sa population, ne doit pas oublier que la naissance restera toujours ce qui nous fonde. Notre mode de surveillance est surdéveloppé… et insuffisant. Il est peut-être temps de penser à un système d’accueil, à une façon de veiller sur les femmes et les familles plutôt que les « sur-veiller ».

Bien au-delà des réponses à des problématiques et de l’approche populationnelle, il s’agit ici de placer notre société dans un horizon de confiance par rapport à la naissance. Les amérindiens disent que la façon dont on pense et dont on agit a une résonance jusqu’à la septième génération. L’avenir est commencé. Comment voulons-nous qu’il se déploie?


Novembre 2004


Édition spécial conféfence annuelle
• "La nature ne fait rien en vain" Aristote
• L'importance du cercle

Editorial
• La septième génération...

Allaitement
• Les commandites et la formation continue
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