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Avril 2005, Volume 9, Numéro 1

Le Périscoop



L’allaitement maternel
Marraine, monitrice, consultante : qui fait quoi?

Sylvie Louise Desrochers
Conseillère en communication, ASPQ




Une réunion d'information et de partage de la Ligue La Leche
Allaiter son bébé, c’est entreprendre avec lui un merveilleux voyage qui nous rapproche de ce petit être en devenir. C’est une aventure parsemée de surprises et de découvertes, heureuses et fascinantes dans la plupart des cas. Parfois, cependant, on se heurte à des obstacles imprévus, on vit des moments de découragement. Que faire quand notre allaitement n’est pas aussi simple et naturel qu’on le croyait?

Heureusement, il existe de nombreuses ressources disponibles pour soutenir, encourager et informer les mères qui allaitent. D’abord, le personnel du réseau de la santé est de mieux en mieux formé sur les questions d’allaitement et demeure une source précieuse de renseignements. Nous vous présentons ici d’autres types de ressources qui méritent d’être mieux connues.

Les groupes d’entraide de mère à mère

Si vous avez des questions concernant l’allaitement maternel ou si vous avez besoin de soutien et d’encouragement, le groupe d’entraide à l’allaitement de votre quartier ou de votre localité peut sans doute vous aider. Ces organismes offrent un service de soutien téléphonique, assuré par des mères bénévoles qui sont là pour vous écouter et vous soutenir dans les périodes difficiles. Elles savent aussi reconnaître les situations où une aide spécialisée serait nécessaire et peuvent vous indiquer à quelle porte frapper.

Parmi les nombreux groupes de soutien qui existent au Québec, une quarantaine sont regroupés au sein de la Fédération québécoise Nourri-Source, un mouvement d’entraide pour l’allaitement maternel. Près de 600 marraines bénévoles sont engagées dans ce réseau qui couvre six régions du Québec : Montréal, Laval, Laurentides, Lanaudière, Montérégie et Lac St-Jean/Alma.

Mme Isabelle Cloutier, présidente du conseil d’administration de la Fédération, nous parle des valeurs à la base de ce mouvement : « Nourri-Source veut aider les mères à cheminer vers une plus grande autonomie; nos bénévoles font preuve d’une grande souplesse dans leurs interventions auprès des mères. Souvent, les femmes se sentent plus en confiance avec une marraine, qui est une mère comme elles, qui ne porte pas de sarrau blanc et qui les accueille dans le respect de leurs choix. » À l’origine du réseau, se trouve également la volonté de briser l’isolement que vivent les mères après la naissance d’un enfant.

« La formule privilégiée par Nourri-Source, poursuit Mme Cloutier, c’est le jumelage, en période prénatale, d’une mère avec une marraine d’allaitement. Cela crée une relation de confiance qui peut durer quelques mois ou même, se prolonger jusqu’à un an après la naissance. Bien sûr, si une mère réalise, après avoir accouché, qu’elle a besoin de soutien ou de conseils, elle peut aussi être jumelée en postnatal. »

En plus du soutien téléphonique des marraines d’allaitement, chaque groupe local organise des activités et offre des services adaptés aux besoins de son milieu, selon la disponibilité des bénévoles. Ainsi, la majorité organise des haltes allaitement qui permettent d’échanger avec d’autres parents, de rencontrer des marraines d’allaitement et, parfois, des professionnels de la santé. Ces rencontres ont lieu dans une atmosphère ouverte et détendue : pas besoin d’avoir un problème pour en profiter! Certaines portent sur des thèmes spécifiques : par exemple, les bébés intenses, les coliques, le retour au travail, etc. De plus, certains groupes offrent des séances d’information prénatale portant spécifiquement sur l’allaitement maternel ou font la location ou la vente de matériel d’allaitement. La Fédération publie également un guide pratique sur l’allaitement maternel : Le Petit Nourri-Source (voir le site www.nourri-source.org).

Mais revenons à l’essence-même de Nourri-Source : comment devient-on marraine d’allaitement? Celles-ci sont nécessairement des mères ayant elles-mêmes allaité et qui reçoivent une formation de base, de trois à six heures, sur les techniques d’allaitement et la relation d’aide, à compléter par des lectures. Cette formation se poursuit, en continu, par le biais des rencontres mensuelles des marraines de chaque groupe local. « Ces réunions permettent de faire des études de cas, ajoute Mme Cloutier, de partager nos expériences. L’infirmière de liaison du CLSC ou la responsable du groupe peuvent aussi transmettre de l’information pour mettre à jour les connaissances. En plus, les marraines peuvent suivre des formations offertes par Nourri-Source ou par le réseau de la santé. »

Elle-même marraine depuis sept ans et très engagée dans son milieu, Mme Cloutier nous fait partager son expérience : « Parmi les questions qui nous sont posées, il y a souvent celle du retour au travail. La mère se demande : est-ce que je dois sevrer mon enfant ou est-ce que je peux continuer à l’allaiter? Comment tirer et conserver mon lait? Comment s’organiser pour que ça fonctionne? Les femmes subissent beaucoup de pression sociale. Dans certains milieux, on voit parfois l’allaitement comme une tâche supplémentaire pour la mère. On oublie ce que ça lui apporte de positif. Les femmes n’ont pas beaucoup de modèles : les groupes de soutien viennent en quelque sorte combler ce manque. »

« Il y a aussi des femmes qui font appel à nous, poursuit Mme Cloutier, et qui ne reçoivent pas de soutien de leur conjoint. C’est un facteur d’échec important, un conjoint qui s’oppose à l’allaitement : il a un rôle essentiel à jouer. C’est pourquoi on essaie de l’informer et de le valoriser lui aussi. Beaucoup de pères s’impliquent à Nourri-Source : par exemple, plusieurs témoignent, en compagnie de leur conjointe, dans les rencontres prénatales. Vous savez, ça prend souvent un homme pour parler à d’autres hommes : c’est plus « crédible », ça résonne davantage pour eux. » Comme quoi Nourri-Source se préoccupe de bien des aspects de l’allaitement…

Une expertise reconnue

Parmi les organismes qui offrent un soutien de mère à mère, la Ligue La Leche (leche signifie « lait » en espagnol) occupe une place importante. Cet organisme bénévole est affilié à La Leche League International, active depuis une quarantaine d’années dans plus de 60 pays et reconnue comme une autorité mondiale en matière d’allaitement par l’Organisation mondiale de la santé et par l’Unicef. La Leche se donne pour mission d’aider les mères à allaiter leur bébé en les encourageant, en les informant et en faisant la promotion de l’allaitement.

J’ai demandé à Mme Mélanie Doyle, infirmière et directrice de la Ligue La Leche, ce qui fait la spécificité de son organisme : « Il y a d’abord notre philosophie de maternage : nous allons plus loin que la seule technique de l’allaitement et nous abordons plusieurs aspects connexes qui relèvent davantage de l’éducation des enfants : l’introduction des aliments solides, la discipline, le portage des enfants, le co-dodo ou, si vous préférez, le fait de dormir avec un enfant, etc. De plus, notre appartenance à un mouvement international nous amène à standardiser notre approche. Partout, les réponses à une question seront les mêmes d’une monitrice à l’autre, même si chacune la livre à sa façon. »

La Leche se distingue également par certains services. Le soutien téléphonique offert par les monitrices est disponible sept jours sur sept : une ressource précieuse en cas d’urgence. Chaque mois, les monitrices animent aussi des réunions d’information et de partage sur l’allaitement maternel qui abordent des thèmes aussi variés que l’arrivée du bébé dans la famille, des trucs pour prévenir les difficultés, la nutrition, le sevrage, etc. Parmi les services, notons aussi le prêt de publications traitant de périnatalité, la vente d’articles reliés à l’allaitement et la publication de livres et dépliants sur l’allaitement et le rôle des parents, d’un journal trimestriel, La Voie lactée, ainsi que d’un site Web très bien documenté.

On remarque qu’à La Leche, on parle de monitrices et non de marraines. « On investit beaucoup de temps pour former les monitrices, souligne Mme Doyle, elles reçoivent plus qu’une formation technique, elles apprennent aussi l’approche de La Leche qui consiste à soutenir les mères dans leur démarche et non à en imposer une. Les monitrices informent la mère pour la guider dans ses choix, plutôt que pour lui montrer quoi faire. C’est délicat, c’est pourquoi la formation d’une monitrice dure 12 mois. » Quel engagement pour des mères bénévoles!

« Il arrive souvent, nous confie Mme Doyle, que des mères s’adressent à nous quand elles reçoivent des informations contradictoires des différents professionnels de la santé, ou encore quand elles ne sont pas satisfaites des réponses obtenues. Encore aujourd’hui, au moindre obstacle, on a tendance à avoir recours à l’alimentation artificielle, alors qu’il existe souvent des solutions toutes simples qui permettent de poursuivre l’allaitement… aussi longtemps que la mère le souhaite, bien sûr! »

Parmi les nombreuses questions auxquelles sont confrontées les monitrices de La Leche, les plus fréquentes concernent le démarrage de l’allaitement : les premiers jours de vie du nouveau-né sont souvent une période aussi exaltante qu’angoissante pour les nouveaux parents! Mon bébé boit-il assez? Comment le consoler quand il pleure? Puis-je allaiter même si je fume? Quels aliments manger ou éviter de manger? Voilà quelques-unes des questions auxquelles répondent les monitrices. Elles renseignent aussi les parents sur le sevrage, l’allaitement de jumeaux, de bébés malades, adoptés, handicapés ou prématurés, sur la prévention et le traitement de toutes sortes de problèmes d’allaitement, etc. Enfin, l’allaitement de bambins, et toute la pression sociale qui accompagne cette pratique encore peu courante, suscitent également de nombreux appels à La Leche.

Une spécialiste à mieux connaître


 

Mamen et Romain

Si vous êtes plus à l’aise de vous adresser à une professionnelle de la santé qu’à une mère bénévole, si vous souhaitez une visite en personne plutôt qu’un soutien téléphonique, ou encore, si la gravité de votre situation dépasse la capacité d’intervention d’un groupe d’entraide, vous pouvez également vous adresser à une spécialiste encore peu connue, mais à l’expertise certifiée : la consultante en lactation.

Pour en apprendre davantage sur le rôle de ces intervenantes, nous avons consulté Mme Ghislaine Reid, viceprésidente de l’Association québécoise des consultantes en lactation diplômées de l’IBLCE, qui nous explique : « La consultante en lactation est la spécialiste de la physiologie et de la conduite pratique de l’allaitement. Elle aide les mères à démarrer ou à poursuivre leur allaitement dans le respect de leurs choix; son rôle comprend le soutien et la promotion de l’allaitement. Elle ne peut faire d’intervention médicale, ni prescrire de médicaments, mais au besoin elle travaille en collaboration avec l’équipe médicale. »

On retrouve des consultantes en lactation en pratique privée et dans le réseau de la santé. Ainsi, certains hôpitaux, des CLSC et des directions de santé publique engagent des consultantes en lactation. En plus de services directs aux mères, elles offrent alors de la formation en allaitement aux autres intervenants en périnatalité et s’occupent de la mise en oeuvre des initiatives Amis des bébés. « L’aspect le plus connu de leur travail, nous dit Mme Reid, demeure la consultation privée : la consultante visite la mère pour l’aider à régler un problème d’allaitement. »

Le métier de consultante en lactation n’est pas encore reconnu par l’Office des professions du Québec, cependant, il existe un ordre professionnel au niveau international. Il s’agit de l’International Board of Lactation Consultant Examiners (IBLCE) qui accorde un diplôme aux consultantes. Pour l’obtenir, une consultante doit réussir un examen portant sur ses compétences en matière de conduite pratique de l’allaitement et de relation d’aide. Avant même de se présenter à l’examen, la candidate doit cependant cumuler de nombreuses heures de formation et d’expérience pratique en soutien à l’allaitement (à titre de marraine d’allaitement bénévole ou d’infirmière en obstétrique, par exemple). L’IBLCE exige également que ses membres maintiennent leurs connaissances à jour. « C’est une jeune profession qui n’existe officiellement que depuis 1985, ajoute Mme Reid. Au Québec, nous sommes près d’une centaine; elles sont beaucoup plus nombreuses en Ontario. En tout, l’IBLCE compte près de 14 000 membres, réparties sur les cinq continents. »

Quant aux situations où une consultante en lactation peut intervenir, elles varient selon les milieux, nous explique Mme Reid : « Les consultantes en centre hospitalier deviennent des spécialistes du 0-48 heures : c’est une période où les problématiques évoluent rapidement, tout comme les compétences et l’état d’éveil du nouveau-né. On fait aussi souvent appel aux consultantes en allaitement dans les jours qui suivent la sortie de l’hôpital. »

La consultante doit établir rapidement un lien de confiance avec sa cliente, elle est formée pour faire une évaluation professionnelle de la situation et proposer des pistes pour résoudre les difficultés. De plus, elle a les ressources et les contacts si un avis médical ou autre est requis et elle fait un suivi étroit auprès de sa cliente par la suite. Il faut mentionner que des honoraires sont demandés pour ce service professionnel offert par la consultante diplômée, IBCLC.

Les problèmes les plus fréquemment rencontrés sont ceux de bébés qui ne prennent pas bien le sein, les gains de poids trop lents, les douleurs aux seins, les candidoses (muguet), etc. « Les bébés de petit poids ou ceux nés trop près des 37 semaines ont souvent plus de difficultés à prendre le sein, fait remarquer Mme Reid. À l’hôpital, il peut arriver que certains protocoles comprennent des interventions qui désorganisent la succion du bébé; on le sépare de sa mère, on agresse sa bouche avec une pompe ou même un cathéter. Pour certains bébés, cela perturbe les débuts de l’allaitement. »

Les consultantes en lactation sont également habilitées à soutenir des mères qui font face à des situations d’allaitement plus complexes : elles peuvent passer plusieurs heures avec une famille, travaillant en fonction de l’état d’éveil et des compétences spécifiques du bébé. L’allaitement à distance (dans le cas d’enfants ou de mères hospitalisés), des mères qui désirent allaiter malgré une réduction mammaire, la lactation induite pour des enfants adoptés ou l’allaitement de bébés malades ou handicapés qui requiert des positions ou une stimulation particulières : autant de problématiques où une consultante en lactation peut se révéler un atout précieux


Association pour la santé publique du Québec



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