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Avril 2005, Volume 9, Numéro 1

Le Périscoop



Se préparer à devenir parent
La pertinence des rencontres prénatales

Sylvie Louise Desrochers
Conseillère en communication, ASPQ




Lise Gosselin-Benoit en compagnie d’une future maman, Barbara Houle, lors d’une rencontre prénatale
Vous êtes enceinte! Soucieuse de bien vous préparer à tous les aspects de cet événement important, vous songez à vous inscrire à des cours prénatals(1) et vous téléphonez donc au CLSC de votre localité… pour apprendre que les rencontres prénatales qu’il dispense sont réservées aux familles qu’on qualifie de vulnérables. Que faire si vous ne répondez pas à ce critère?

Il vous reste toujours les cours privés… qui ne sont pas toujours accessibles! Certaines accompagnantes offrent des rencontres individuelles de préparation à la naissance, cependant les coûts sont relativement élevés. Pour trouver des cours prénatals à coût abordable, il faudra vous mettre à la recherche d’un organisme communautaire qui en offre près de chez vous.(2)

Bien que la situation que nous décrivons ici ne soit pas généralisée, elle semble de plus en plus courante dans différentes régions du Québec. En fait, des appels (et visites de sites Internet) dans plusieurs CLSC de la grande région métropolitaine, des Laurentides à la Montérégie, en passant par Montréal et Laval, révèlent que l’offre de cours prénatals y est
très disparate. Ainsi, si tous les CLSC offrent des cours aux clientèles dites vulnérables (adolescentes ou jeunes mères, femmes peu scolarisées ou à faible revenu), certains d’entre eux seulement offrent encore des rencontres ouvertes à toutes les familles. De plus, ces cours ne comptent généralement que 4 à 6 rencontres et plusieurs établissements limitent leur offre aux familles qui attendent leur premier bébé. De façon générale, on constate donc que l’offre est en déclin : on restreint de plus en plus les clientèles, le nombre de rencontres par groupe et le nombre de groupes durant l’année.

Pour mieux comprendre comment les CLSC mettent en place leur offre de cours prénatals, nous avons rencontré Mme Lise Gosselin-Benoît, infirmière, responsable du volet périnatalité au CLSC de la Haute-Yamaska à Granby et présidente de la Table de périnatalité de la Montérégie. Elle-même mère de quatre enfants, Mme Gosselin-Benoît oeuvre depuis une trentaine d’années en périnatalité et elle a animé de très nombreuses rencontres prénatales.

Elle nous explique : « En périnatalité, de façon générale, la plus grande partie de l’enveloppe budgétaire est consacrée aux familles en difficulté qui reçoivent des suivis très complets, avec des services en pré et en postnatal. Plusieurs programmes sont mis en oeuvre à leur intention dans les CLSC, comme le programme OLO et le programme services intégrés (qui comprend le Programme soutien jeunes parents et Naître Égaux- Grandir en Santé), en plus des cours prénatals qui, dans leur cas, peuvent comprendre de 10 à 12 rencontres par groupe. Mais on considère souvent que la population en général peut se débrouiller et aller chercher des services ailleurs au besoin. En fait, les besoins en périnatalité ne cessent d’augmenter – on n’a qu’à penser au nombre croissant de vaccins à donner. Chaque CLSC doit donc faire des choix et répartir son budget en fonction de ses priorités. »

« C’est dommage, poursuit Mme Gosselin-Benoît, parce que certaines clientèles sont mises de côté. Par exemple, notre CLSC était jusqu’à tout récemment le seul à offrir des cours pour les multipares et on vient de couper ce service. Pourtant, les préoccupations et les besoins d’une famille qui s’agrandit sont très différents; la réaction des autres enfants, l’adaptation à la vie de famille préoccupent les parents. En plus, la famille québécoise change, on voit de plus en plus de familles recomposées. Pour le père, il peut s’agir d’un premier bébé, mais comme sa conjointe a déjà un ou des enfants, il ne peut pas suivre de cours prénatals. »

L’impact des rencontres de groupe

En fait, il semble que tous dans notre réseau de santé ne soient pas convaincus qu’en matière de préparation à la naissance, les rencontres de groupe en valent vraiment la peine et produisent des résultats positifs pour l’ensemble de la population. De plus, la nouvelle politique de périnatalité du Québec, qui n’a pas encore été dévoilée, ne semble pas prioriser les rencontres prénatales pour tous; ces dernières seraient laissées à la discrétion des CLSC.

Pourtant, affirme Mme Gosselin-Benoît, des recherches menées aux États-Unis et en Grande-Bretagne ont démontré la pertinence des rencontres de groupe dans la préparation prénatale. « Je lisais justement, nous dit-elle, un article du Bulletin de nutrition périnatale, datant de décembre 2004, qui affirmait que les activités d’éducation de type rencontres de groupe augmentent le taux d’initiation et la poursuite de l’allaitement maternel au moins jusqu’à trois mois. Aucun autre moyen de préparation à la naissance, que ce soit la lecture, la visite de sites Internet ou autre, ne produit d’aussi bons résultats. »

N’y a-t-il pas incohérence dans les politiques gouvernementales? À l’heure où le réseau de la santé investit de plus en plus dans la promotion de l’allaitement maternel ne serait-il pas logique d’élargir l’offre de rencontres prénatales?

Actuellement, de nombreux centres hospitaliers et CLSC sont engagés dans un processus qui leur permettra de devenir des établissements « Amis des bébés »(3). Pour répondre aux
critères de cette initiative, l’établissement doit faire la promotion de l’allaitement maternel. Mme Gosselin-Benoît souligne : « Promouvoir l’allaitement, cela signifie bien davantage que de simplement informer les mères des avantages et des complications possibles de l’allaitement. Il faut aussi leur parler du comportement et des besoins de leurs bébés qui déterminent les raisons profondes pour lesquelles elles choisissent d’allaiter. Les rencontres prénatales constituent un moyen privilégié de sensibiliser les femmes au fait qu’elles-mêmes et leurs bébés à naître ont toutes les capacités pour donner naissance et venir au monde, le plus naturellement, le plus physiologiquement possible. Et on sait qu’un accouchement avec le moins d’intervention possible facilite le démarrage de l’allaitement maternel. Dans un contexte où les interventions obstétricales sont banalisées, les rencontres prénatales permettent d’informer les futurs parents de tous ces aspects pour qu’ils puissent prendre des décisions éclairées. »

Au programme des rencontres prénatales

Mais de quoi parle-t-on au juste dans ces rencontres? Sur le site du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on nous informe que les cours prénatals sont destinés à préparer les parents à mieux vivre la période de grossesse, à se préparer à l’accouchement et à apprivoiser l’arrivée de l’enfant. Au minimum, on y traite des changements vécus pendant la grossesse, de l’alimentation et des habitudes de vie de la femme enceinte, de l’allaitement maternel, de l’adaptation du couple et de la famille à l’arrivée du nouveau-né et de l’implication du père. La mère y sera aussi informée sur la façon d’aborder le travail et d’apprivoiser la douleur, de l’adaptation à la période postnatale et des soins au nouveau-né.

Au-delà de l’information qui est dispensée, Mme Gosselin-Benoît souligne que les rencontres prénatales avec une intervenante privilégiée permettent de faire du dépistage et de dispenser des pratiques cliniques préventives telles que se préparer à un accouchement le plus physiologique possible, se sensibiliser à l’importance de mener la grossesse à terme (diminuer les risques de travail prématuré), favoriser l’attachement au nouveau-né, promouvoir l’allaitement maternel, favoriser l’implication et l’engagement du père, apprivoiser le rôle parental et briser l’isolement.

« Quand une femme comprend ce qui se passe dans son corps, nous dit Mme Gosselin-Benoît, elle peut beaucoup plus facilement se faire confiance et croire qu’elle est capable d’accoucher le plus naturellement possible. Le père aussi a un rôle important à jouer, notamment au moment de l’accouchement. Dans le cours prénatal, il peut apprendre des méthodes non pharmacologiques de soulagement de la douleur, des positions qui facilitent le travail de l’accouchement. Si le père comprend la mécanique de l’accouchement, il sera en mesure de s’impliquer, comme d’encourager sa conjointe à bouger davantage durant le travail. C’est pourquoi, dans nos rencontres prénatales, nous travaillons dans ce sens avec les couples, nous leur montrons des techniques posturorespiratoires et de soulagement de la douleur, nous faisons un scénario de travail : ils s’approprient ainsi des outils qui peuvent les aider au moment de l’accouchement. »

Pour mieux comprendre à quel point ces rencontres sont nécessaires, laissons un instant la parole aux infirmières de la Table de périnatalité de la Montérégie qui décrivent ainsi un projet de concept prénatal :

« À l’ère où l’on réclame la césarienne, où l’on banalise les interventions qui engendrent un coût énorme pour la société et qui ne sont pas sans effets secondaires, nous nous devons d’informer, d’éclairer les couples sur les choix qu’ils ont à faire et de les outiller pour bien vivre l’expérience de la naissance, de l’allaitement et du parentage.

La famille est en transformation et, de plus en plus, les parents composent difficilement avec le stress de l’accouchement et celui de devenir parents (manque de modèle, réseau restreint, anxiété de performance, etc.). Nous avons ici un rôle de dépistage, de prévention et de soutien.

Les couples attendant un enfant sont réceptifs et motivés au changement. De plus, par les rencontres prénatales, ils ont un contact précoce avec leur réseau de santé dans un contexte non menaçant. »


Pistes d’action

Comme parents, actuels ou futurs, ou tout simplement comme citoyens, le peu d’importance que semble accorder notre réseau de santé aux rencontres prénatales a de quoi nous préoccuper… et nous faire réagir! Comment s’y prendre pour faire changer cette tendance?

Tout d’abord, en s’adressant à notre CLSC pour demander un accès plus large aux cours prénatals. Les dirigeants de ces établissements priorisent les services en fonction de la politique du MSSS. Cependant, la pression de la population, qui démontre la valeur que celle-ci accorde à certains de ces services, peut certainement contribuer à faire bouger les choses…

1. D’après le Grand dictionnaire terminologique, les deux pluriels, prénatals et prénataux, sont acceptés. Si vous cherchez sur Internet, vous trouverez cependant davantage de références en tapant « cours prénataux » dans votre fureteur.

2. Consultez notre Guide de ressources en périnatalité, à la page 13, pour connaître les coordonnées d’organismes offrant des cours prénatals, comme les Centres de ressources périnatales ou certains organismes membres du Regroupement Naissance-Renaissance.

3. Programme international axé sur les dix conditions pour le succès de l’allaitement, formulées par l’UNICEF et l’OMS dans le cadre d’une stratégie internationale de nutrition. Des critères internationaux servent à accréditer les établissements « Amis des bébés ».


Association pour la santé publique du Québec



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