Accueil






Retour


Avril 2004, Volume 8, Numéro 1

Le Périscoop



Témoignage d’accouchement
Extrait du recueil de témoignage

Magalie Queval

NDLR : Le recueil de témoignages d’accouchements est un projet conjoint du Groupe MAMAN et de l’ASPQ. Il sera publié aux Éditions Remue-Ménage à l’automne 2004.




Flavie
Depuis quelques semaines mon ventre est tellement dur… C’est comme si on m’avait installée un énorme casque de moto sous la peau du ventre. J’ai passé la veille du jour de l’An à essayer de me faufiler entre les chaises en me sentant énorme. C’est vraiment le temps qu’il sorte ce bébé. J’ai l’impression que je vais éclater…

Jeudi le 16 janvier. 19 heures.

Ça y est, j’y suis arrivée au grand jour de la naissance. Christian mon mari déneige la voiture pour notre départ vers la maison de naissance où nous attend Isabelle, notre sage-femme. Je me sens calme et je connais maintenant la sensation de cette contraction qui arrive à l’instant même pour ouvrir mon col un peu plus, là sur le trottoir enneigé… J’ai eu le temps de les apprivoiser ces contractions tout au long de la nuit et de la journée. Nous n’étions pas encore couchés hier soir que je commençais à ressentir comme depuis quelques jours, des serrements au ventre qui se sont rapidement transformées en douleurs ressenties au dos et au rectum. J’étais consciente que c’était loin d’être de vraies bonnes contractions, mais elles m’ont fait quand même souffler. J’avais peur de l’inconnu. Je n’arrêtais pas de me demander combien de temps tout cela allait durer, serais-je capable de laisser mon corps faire son travail. J’étais si tendue… J’ai essayé de dormir quelques heures, mais les contractions étaient bien décidées à me tenir éveillée. Je me suis donc glissée dans un bain chaud vers 3 heures et j’ai attendu que le jour se lève en prenant 5 minutes à la fois. Puis, au matin, j’ai appelé Isabelle notre sage-femme qui est venue à la maison un peu plus tard. Elle a confirmé l’examen de Christian qui croit que mon col est à 1 cm et m’a dit que jusqu’à maintenant je n’avais eu que des « contractionnettes » et que je devais m’attendre a beaucoup plus intense pour arriver à faire naître mon bébé. Comme j’ai eu peur à ce moment de ne jamais être capable d’en supporter plus! Je me suis sentie emprisonnée par ce ventre rempli d’un bébé que je n’étais même plus sûre de vouloir. J’ai eu l’impression d’être prise dans un couloir où je ne pouvais plus reculer. Ce bébé devait pourtant sortir de mon ventre. Puis Christian m’a rappelé toute la journée que mon corps avait fait son travail jusqu’à maintenant pour faire grandir notre bébé et qu’il était prêt à le faire naître maintenant. Il me répétait une phrase que nous avions lue qui disait que la meilleure façon de se sortir de la douleur était d’y entrer, donc de l’accepter. J’ai passé le reste de la journée à apprendre à vivre avec cette douleur nécessaire, utile et à murmurer un OUI au lieu de hurler un NON à chaque contraction. Mon combat a été psychologique. Oui le travail que mon corps vivait était douloureux, mais je suis arrivée à le voir comme un allié indispensable à la naissance de notre enfant…

À la maison de naissance la sage-femme nous attend. Nous sommes seuls ce soir dans cet ancien presbytère et j’ai la chance de choisir la chambre dans laquelle j’ai souvent imaginé accoucher. Curieusement, les contractions ont ralenti et sont moins intenses. On s’installe, se change et on se couche l’un contre l’autre en attendant que les contractions reprennent. J’aimerais bien marcher, bouger mais il semble que pour moi c’est la position couchée qui favorise le plus l’ouverture de mon col. Isabelle nous met à l’aise, nous sommes ici comme dans notre chambre à coucher. Elle éteint les lumières et allume trois petites chandelles. La pénombre, l’intimité et le calme de ceux qui m’entourent m’aident à me laisser aller au travail que j’accomplis. Je deviens de plus en plus silencieuse, intériorisée. J’ai conscience que je suis en train de réaliser quelque chose de formidable, de très grand. À cette étape j’ai confiance en mon corps, il sait ce qu’il fait. Christian me met une bouillotte chaude dans le bas du dos à chaque contraction. Nous ne parlons pas. Les regards et les gestes suffisent. Je me permets de faire des sons graves pour accompagner chacune des contractions. Ces gémissements sont comme ma chanson d’accouchement et sont pour moi très libérateurs. Ce ne sont pas des cris de panique, mais une façon de vivre le travail au lieu de le subir. Je sens Isabelle la sage-femme, très présente et discrète à la fois. Elle vient m’observer de temps en temps en m’apportant quelques paroles douces et des regards encourageants puis veille sur nous du bout du couloir. Le calme entre chaque contraction est frappant. Je me sens merveilleusement bien et m’endors presque. Je savoure au maximum chaque seconde de ces moments de tranquillité. Je ne vis que le moment présent et ne pense pas à la prochaine contraction qui suivra.

Vers 21 heures mon col est dilaté à 7-8 cm. Je suis très satisfaite que mon travail soit efficace. J’ai maintenant une petite idée de combien de temps il me reste à faire avant que le bébé puisse sortir. Je décide d’aller dans le bain tourbillon pour le reste de la dilatation. L ’eau est chaude et accueillante. J’ai l’impression de faire partie de cet élément. Je m’y fonds. J’y reste une heure à vivre des contractions toujours plus fortes, mais heureusement plus supportable avec la chaleur de l’eau et les remous qui me massent. Entre chacune d’elles, je regarde Christian et Isabelle pour qu’ils arrêtent les remous du bain et c’est le calme parfait. Le silence et le calme sont toujours plus vrais après une tempête. Les dernières contractions sont particulièrement impressionnantes. Je gémis très fort car la douleur est vraiment surprenante. Je vois mon corps se tordre et je crois que mon ventre va exploser ou rejoindre le plafond. Je n’ai jamais vécu quelque chose d’aussi souffrant mais je n’ai pas peur. Tous mes sens sont concentrés sur une chose : faire naître un bébé.

Isabelle m’examine de nouveau et me propose de crever avec mon ongle la poche des eaux qui se présente à l’entrée de mon vagin. J’ai peur que ça augmente l’intensité des contractions, de toute façon, je n’y arrive pas. Elle me dit que mon travail d’ouverture est terminé et que je vais bientôt pouvoir me préparer à pousser si j’en ai envie. Je suis si fière d’être arrivée à cette étape. J’ai réussi… Pour moi le plus difficile est accompli, j’ai apprivoisé les contractions, mais pousser pour faire passer ce bébé à travers mon vagin, ça c’est encore l’inconnu. Je dois me préparer à des sensations différentes d’étirements et de pression sur le rectum… Je m’accroupis sur un petit banc. Ma mère et ma soeur arrivent à ce moment et m’encouragent avec Christian et les sages-femmes. Elles prennent aussi quelques photos. Je pousse sur le petit banc puis à genoux sur le lit et allongée sur le côté gauche pour revenir rapidement sur le petit banc. Je préfère la position accroupie plutôt que couchée ou je ne me sens pas très active. Entre chaque contraction je bois du jus, me passe une débarbouillette froide dans le visage ou me mets du baume sur les lèvres. Ces périodes de repos sont toujours les bienvenues car ce bébé n’en finit pas de sortir. Je pousse du plus fort que j’en suis capable pour faire descendre le bébé un peu plus bas que la dernière fois. C’est volontaire et forçant. Puis vers la fin de la contraction, sans que je puisse le retenir, je le sens remonter d’où il vient, ce qui est plutôt décourageant… La poussée dure 2 heures. Isabelle passe tout ce temps à mettre des compresses chaudes et de l’huile d’amande douce sur mon périnée brûlant pour m’aider à ouvrir sans déchirures. Christian se place devant moi pour accueillir le bébé. On voit sa tête chevelue et allongée par la pression depuis déjà un bon moment. Je me sens fatiguée, je veux dormir. Je touche une dernière fois le petit crâne humide et tout plissé juste là à la sortie, presque né, presque dans mes bras et ça m’encourage. Une dernière poussée et je sens la tête de mon bébé qui étire comme jamais mon périnée et passe du couloir de mon vagin aux deux mains ouvertes de son papa. Elle est mauve et bouge un tout petit peu. Encore quelques secondes d’attentes, quelques secondes d’efforts et voilà que tout défile tout a coup très rapidement. À quatre mains nous sortons notre bébé de mon corps. Je peux enfin le toucher, le voir. Je le prends contre moi en l’appelant « ma puce » comme si je savais déjà que c’est ma fille. Ce n’est vraiment que quelques minutes plus tard que je découvre à quel sexe elle appartient en glissant mes mains sous la couverture qui la garde au chaud. Je suis si heureuse, j’ai ma petite Anouchka. Elle pleure et nous montre très vite sa personnalité bien volontaire. Elle a des choses à nous dire et nous l’écoutons sans essayer de la faire taire. Christian coupe le cordon qui a vite cessé de battre puis je lui remets notre fille le temps d’une toute petite poussée pour faire sortir le placenta. Elle est un petit être à part entière, elle n’est plus attachée a mon corps et comme pour ne pas trop brusquer cette séparation je l’installe au sein de façon très spontanée. Elle tète tout de suite et semble satisfaite. Elle est très décontractée et s’installe les jambes bien allongées
omme si elle appréciait de ne plus être à l’étroit. Je la trouve tellement belle avec ses cheveux noirs et tout ses petits muscles ronds. Je ne ressens plus la fatigue de tout à l’heure et me sens en pleine forme. Les sages-femmes nettoient rapidement et nous laissent savourer, seuls, ces moments merveilleux. Nous sommes une toute nouvelle famille…

20 janvier 1998

Quels beaux souvenirs! La chaleur, l’intimité, le respect, la lueur de trois petites chandelles, ma force, le calme de Christian et la beauté d’Anouchka… Combien de fois ces sensations et ces images me sont revenues durant cette année… Et qu’elle année remplie d’ajustements et d’émerveillements devant notre petite qui grandit. Pour moi, la naissance de notre fille représente la vie tout simplement, avec ses incertitudes, ses douleurs, ses joies… La naissance de notre fille, c’est un couple qui grandit, c’est la naissance d’une famille; d’un père, d’une mère, de grand-parents, oncles, tantes. C’est une sage-femme qui était disponible, présente pour m’aider à accueillir la vie après avoir enterré un ami dans l’après-midi. Une sage-femme qui a passé 2 heures accroupie par terre devant moi à m’éviter une déchirure et à croire en ma force de femme. Dans notre société on s’anesthésie pour vivre la naissance de nos enfants. Il me semble pourtant que vivre devrait signifier accepter les défis que nous offre la vie et avoir la fierté de passer au travers. J’ai accouché de ma fille, personne ne l’a fait à ma place parce que c’est moi sa mère. J’ai voulu le faire réveillée et non engourdie, j’ai voulu être présente et prendre en main cette grande étape qui faisait de moi une mère. Ma préparation à l’accouchement et mon combat au moment même de l ’accouchement ont surtout été d’accepter le travail de mon corps et la douleur qui l’accompagne. Je n’ai pratiqué aucun exercice spécial ni aucune technique de respiration ou de relaxation particulière à l’accouchement. Je me suis fait confiance. J’ai eu la chance d’être entourée de ceux qui m’aiment, de voir leurs regards m’encourager et être témoins de ce passage qu’est la naissance. Me voilà maintenant un peu plus femme; devenue mère. Je me sens forte, belle, initiée. J’ai adoré accoucher et je souhaite du plus profond de mon coeur de mère que ma fille, elle aussi, ait un jour la joie de donner la vie.



Avril 2004, Volume 8, Numéro 1

• Une année foisonnante en périnatalité
• Témoignage d’accouchement

Editorial
• La normalité... et l'oubli

Allaitement
• Allégorie sur le thème du Petit Chaperon rouge

Dossier norme et obstétrique
• La césarienne sur demande
• Infections nosocomiales et accouchement
• La péridurale
• Épisiotomie :

Sommeil partagé
• Prise de bec scientifique
• Un gros câlin et je m’endors

Nouvelles des régions
• Journée thématique sur l’accouchement à domicile à Sherbrooke
• Une maison de naissance sur le Plateau Mont-Royal
• Développement d’une autre maison de naissance dans la région de Québec
• Quoi de neuf dans les Laurentides?
• Le Groupe MAMAN

Place aux opinions
• Lettre ouverte au quotidien La Presse

En bref
• Naître en couleur
• Devenir parents… allaiter bébé
• Il tétait une fois… Journal de la Fédération Québécoise Nourri-Source
• À propos du sevrage… quand l’allaitement se termine
Association pour la santé publique du Québec



Haut de page   Retour
© Association pour la Santé Publique du Québec (ASPQ) 2005 - Réalisation kikooshi.com