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Avril 2004, Volume 8, Numéro 1

Le Périscoop



Infections nosocomiales et accouchement

Céline Lemay, Sage-femme
Porteuse du projet périnatalité de l’ASPQ

Le problème des infections nosocomiales n’est pas vraiment récent mais il s’est accentué suffisamment depuis quelques années au point de devenir un problème de santé publique non négligeable. En effet, selon l’Organisation mondiale de la santé, un nombre significatif de personnes (8–10 %) acquière des infections et donc devient malade à la suite de soins reçus à l’hôpital1. De plus, l’augmentation constante de la résistance aux antibiotiques contribue directement à la maladie, la mort et les coûts énormes reliés aux infections acquises à l’hôpital. Savons-nous qu’environ 100 000 personnes aux États Unis2, 8000 au Canada3 et 30004 au Québec en meurent chaque année et ce, sans compter le nombre immense de personnes qui en sont infectées? Enfin, les événements récents concernant l’épidémie de SRAS dans la région de Toronto illustrent dramatiquement le fait que l’environnement hospitalier est devenu un réservoir de micro-organismes qui peut constituer un risque non négligeable autant pour la santé des personnes hospitalisées que pour la santé de celles qui entrent simplement dans ces murs.

Cette problématique de santé publique est maintenant connue par le grand public et je crois que cela concerne directement l’ASPQ par rapport à un des dossiers qu’elle porte depuis longtemps : la périnatalité. De plus, en tant que sage-femme, professionnelle de la santé qui travaille en première ligne avec des femmes enceintes, je suis préoccupée par l’organisation de notre système de santé qui touche directement les mères et les nouveaux-nés.

D’une part, nous savons que la connaissance scientifique confirme la grossesse et l’accouchement comme des processus faisant partie de la physiologie normale du corps féminin. D’autre part, nous savons aussi que dans environ 10 % des cas5, ce processus peut devenir problématique et même pathologique.

Malgré la normalité du processus, nous vivons dans une culture où 99 % des femmes enceintes va accoucher à l’hôpital, faisant de l’accouchement la première cause d’hospitalisation pour les femmes en âge d’enfanter6. Or, la configuration traditionnelle d’un hôpital implique que la femme qui est en travail passe par l’entrée principale et se dirige vers le département d’obstétrique pour mettre au monde son enfant. Les femmes se trouvent donc à entrer et à demeurer dans un lieu où les gens malades de notre société sont concentrés.

Cela signifie alors qu’un grand nombre de femmes en santé dont la grossesse s’est déroulée normalement (la majorité) sont hospitalisées au moment de l’accouchement. Elles se retrouvent dans un milieu où sont concentrées de nombreuses personnes malades et sont donc exposées, ainsi que leur enfant nouveau-né, à de nombreux micro-organismes. Il y a bien sûr la nécessité d’avoir une équipe médicale et un plateau technique en permanence dans un département d’obstétrique pour toute situation problématique. Cependant, il va falloir réfléchir à l’environnement autour de la naissance, dans une perspective de santé publique, pour les femmes qui ont une grossesse normale.

L’hôpital doit consacrer sa mission envers les personnes malades, mais du même souffle, il devient aussi nécessaire de questionner sa pertinence comme lieu de séjour pour des personnes en santé. Parce que la santé est un élément précieux que l’on devrait préserver, je crois que nous devrions commencer à penser autrement les lieux de la mise au monde dans notre société.

Ce questionnement ébranle sûrement un système de croyances bien ancrées dans notre culture de la naissance, mais pour d’autres raisons que l’humanisation maintenant, l’ASPQ pourra se préoccuper de cette dimension de la santé périnatale.

Les réponses à la problématique des infections nosocomiales ne sont ni simples ni rapides. Cependant, pourrions-nous imaginer et envisager des pistes de changement? Comment ne pas penser aux maternités en Europe, annexées à l’hôpital, mais avec une entrée spécifique aux femmes et aux familles, style clinique externe ou centre ambulatoire? Comment ne pas confirmer en même temps l’importance du développement de maisons de naissance dans toutes les régions de la province? Le grand projet du CHUM à Montréal, institution vouée aux soins, à l’enseignement et à la recherche, pourrait donner l’exemple en prévoyant un espace pour la maternité qui serait spécifique aux situations normales. Le développement d’une problématique nécessitant des interventions et de la technologie demanderait simplement d’amener les femmes au département d’obstétrique prévu et outillé pour de telles situations. Cela permettrait aux futurs professionnels de la santé de se former par rapport à l’accouchement physiologique, apprendre à faire confiance aux femmes et de les soutenir dans une expérience de vie importante pour elles et leur famille. Il est temps de penser à l’avenir : celui de la santé périnatale, mais aussi celui de notre culture de la naissance.


Avril 2004, Volume 8, Numéro 1

• Une année foisonnante en périnatalité
• Témoignage d’accouchement

Editorial
• La normalité... et l'oubli

Allaitement
• Allégorie sur le thème du Petit Chaperon rouge

Dossier norme et obstétrique
• La césarienne sur demande
• Infections nosocomiales et accouchement
• La péridurale
• Épisiotomie :

Sommeil partagé
• Prise de bec scientifique
• Un gros câlin et je m’endors

Nouvelles des régions
• Journée thématique sur l’accouchement à domicile à Sherbrooke
• Une maison de naissance sur le Plateau Mont-Royal
• Développement d’une autre maison de naissance dans la région de Québec
• Quoi de neuf dans les Laurentides?
• Le Groupe MAMAN

Place aux opinions
• Lettre ouverte au quotidien La Presse

En bref
• Naître en couleur
• Devenir parents… allaiter bébé
• Il tétait une fois… Journal de la Fédération Québécoise Nourri-Source
• À propos du sevrage… quand l’allaitement se termine
Association pour la santé publique du Québec



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