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Octobre 2007, Volume 11, Numéro 2

Le Périscoop



Environnement
La fertilité humaine et la pollution

Suzanne Parenteau
Médecin-conseil à Seréna

Quelques définitions

Fertilité : capacité de concevoir
Fécondité : ayant conçu et mené un enfant à terme. Si on ajoute l’élément de la santé de l’enfant et de son développement normal, on a le concept de « santé reproductive. »
Stérilité : impossibilité de concevoir
Sub-fertilité : n’ayant pas conçu en un an sans contraception.
Retard de conception ou délai à concevoir : mesure permettant aux chercheurs de comparer des groupes de couples pour mesurer l’effet de divers facteurs.

Diminution de la fertilité des couples
On rencontre de plus en plus de couples qui sont déçus de ne pas réussir une grossesse dès le moment où ils laissent la contraception. Souvent l’examen médical n’isole aucune cause précise et plusieurs finissent par recourir à la reproduction assistée. Si la tentative de conception se produit dans la trentaine avancée ou la quarantaine, les chances de succès sont moindres. Est-ce l’âge en lui-même, ou est-ce que toutes sortes d’obstacles se sont accumulés avec les années ?

Diminution de la qualité du sperme
La nature avait prévu une grande générosité quant à la quantité de spermatozoïdes présents dans une éjaculation. Or, lorsqu’on étudie la tendance sur quelques décennies, on trouve une diminution de la proportion des hommes qui ont un compte spermatique au-dessus de la moyenne, en même temps qu’une augmentation de la proportion des hommes qui ont un compte en-dessous (Voir graphique). Il y aussi augmentation de l’incidence des cancers des testicules chez les hommes jeunes, et de la cryptorchidie.

Obstacles à la fertilité

o Mauvais « timing »

Aussi surprenant que cela paraisse dans notre société souvent dite hypersexualisée, il y a des couples qui disent désirer concevoir mais tardent à réussir faute d’avoir suffisamment de relations sexuelles, et surtout d’en avoir au moment le plus favorable. Cela arrive en particulier à des couples super-occupés par des professions exigeantes, qui ont du mal à faire coïncider leur temps libre … de corps et d’esprit. Les groupes d’enseignement de méthodes naturelles comme Seréna , rencontrent de plus en plus de ces couples intéressés à identifier les périodes de fertilité maximale.

o Tabac

Les couples où les femmes fument ou sont exposées à la fumée des autres attendent plus longtemps une conception . Les fumeurs démontrent une qualité inférieure des spermatozoïdes (nombre et anomalies) , . Les femmes qui fument ont eu des résultats de 2 à 3 fois plus défavorables après des traitements d’infertilité, y compris la fécondation in vitro. De plus, les femmes qui fument pendant la grossesse ont un risque plus élevé de fausse-couche, de grossesse ectopique, de mortinatalité, de placenta prævia, d’insuffisance de poids à la naissance et de retard de croissance intra-utérine. La mort soudaine au berceau arrive trois fois plus souvent si les bébés ont été exposés à la fumée de cigarette pendant et après la grossesse, et deux fois plus souvent si c’est seulement après la naissance.

o Alcool

Il est bien reconnu que la prise d’alcool durant la grossesse n’est pas sécuritaire. Mais il est moins connu que des retards de conception peuvent aussi être reliés à la prise d’alcool chez les deux partenaires 3, 5. Ce dont on n’entend pas parler non plus, c’est qu’une prise importante d’alcool par le père deux à trois mois avant la conception peut être reliée à des fausses-couches et à des anomalies congénitales. En effet, les spermatozoïdes prennent presque trois mois pour se développer dans les testicules et sont particulièrement vulnérables aux variations génétiques au début de leur développement .

o Pesticides

La contamination par les pesticides peut se faire par voie orale, respiratoire ou digestive. Selon le rapport publié par le Collège de médecins de famille de l’Ontario, en plus d’être un facteur de cancer et d’allergies, plusieurs sont des disrupteurs hormonaux et peuvent être des facteurs de problèmes de santé reproductive (anomalie du sperme, problèmes érectiles, sub-fertilité, anomalies congénitales, avortements spontanés, mortalité périnatale, morbidité infantile) .

o Pollution industrielle

D’après l’Association canadienne de droit en environnement , l’industrie canadienne a libéré dans l’air, en 2002, plus de 14 millions de kilogrammes de produits chimiques reconnus comme facteurs de problèmes de santé reproductive, en plus de presqu’un milliard de kilogrammes de monoxyde de carbone causant les mêmes dangers. (Ces chiffres s’ajoutent au monoxyde de carbone résultant du transport).

o Pollution reliée à la vie quotidiennes

Des composantes toxiques, dommageable pour la reproduction, se retrouvent à faible dose dans de nombreux produits d’usage quotidien 8. Des tests ont été faits sur des adultes et des familles à travers le Canada et on en a trouvé la présence dans les échantillons biologiques . Beaucoup de ces substances viennent de l’industrie du pétrole: les traitements anti-froissage des vêtements et de la literie, les traitements anti-taches des tapis, meubles et tissus, le revêtement anti-adhésif des casseroles, les agglomérés de bois, beaucoup de produits utilisés en rénovation, divers contenants de plastique, des jouets et divers articles de maison et de bureau. Les ignifuges dans les meubles rembourrés, les rideaux, les tapis et les appareils électroniques ont été retrouvés dans la poussière de la maison, le sang et le lait humains. Les phtalates sont courants dans les vinyles et les matériaux de construction ; aussi ils permettent aux parfums artificiels des produits de soins corporels et cosmétiques, de lessive, de nettoyage et d’ambiance de persister plus longtemps. Malheureusement, on retrouve les phtalates dans l’eau à boire, le sol, la poussière des maisons, le gras des aliments, dans le sang humain et le lait maternel 11.

o Alimentation

Les aliments peuvent contenir des polluants puisés dans le sol, l’eau et l’air. Certains se concentrent dans le gras des viandes. Heureusement, une alimentation variée, très riche en grains entiers, et en légumes et fruits préférablement frais et biologiques, fournit à l’organisme les micro-éléments qui permettent aux cellules non seulement de croître et de se renouveler mais aussi de lutter contre les radicaux libres et de neutraliser les défauts génétiques et métaboliques initiés par les polluants .

Que faire ?

La pollution est partout. Il faut tenir compte de la persistance des polluants dans la nature et de la bioaccumulation dans la chaîne alimentaire et au cours de la vie. On peut se dire qu’on n’y peut rien. Mais on peut aussi décider de faire sa part en participant aux actions communautaires anti-pollution et changer quelques habitudes de sa vie personnelle. Ceux qui ne se sentent pas concernés par la diminution de fertilité le seront peut-être par les autres perturbations des systèmes reproducteurs : cancers génitaux des hommes et des femmes, déréglage des cycles menstruels, déséquilibres oestrogènes-progestérone accompagnant des pathologies ovariennes, endométriose, problèmes thyroïdiens, grossesses ectopiques et avortements spontanés, ménopause difficile, etc

On peut garder l’œil ouvert sur les actions (... et l’inaction) de nos divers paliers de gouvernement et participer aux groupes de citoyens concernés. Sachant que le monoxyde de carbone est un polluant produisant des effets hormonaux et reproducteurs adverses, on peut se joindre à l’effort de ceux qui visent une diminution de la pollution due aux transports :

On peut privilégier les aliments biologiques. Éviter de soumettre à la chaleur tout plastique non prévu à cet effet; utiliser surtout du verre pour ranger la nourriture au frigo ou au congélateur ; éviter autant que possible les casseroles anti-adhésives et la pellicule plastique pour emballer les aliments, éviter le contact des aliments acides avec les contenants ou la pellicule d’aluminium.

Quelques minutes à chaque heure, s’éloigner de l’ordinateur pour diminuer l’aspiration des substances ignifuges et l’exposition au rayonnement, toujours se tenir à distance du poste de télévision, du système de son et du four à micro-ondes, remplacer le rideau de douche en vinyle par du tissu. Lors des prochains achats de vêtements, linge de maison, meubles rembourrés, tapis, s’informer s’ils sont traités anti-froissage et anti-tache. Aérer régulièrement la maison, le lieu de travail et l’automobile plutôt que d’utiliser des parfums artificiels. Compter surtout sur l’eau et les produits écologiques non parfumés, autant pour l’hygiène personnelle que pour le nettoyage domestique, la lessive et la vaisselle, et s’en tenir aux quantités minimales nécessaires. Ne pas laisser s’accumuler la poussière, ce résultat de la désintégration de toute chose, y compris des substances plastiques omni-présentes dans nos lieux de vie. Les jeunes enfants, qui vivent beaucoup au niveau du sol, et portent tout à la bouche, y sont particulièrement vulnérables.

Le groupe britannique FORESIGHT offre depuis plusieurs années, une approche préconceptionnelle naturelle pro-active. Une recherche universitaire a prouvé que l’approche intégrale de Foresight, incluant l’attention aux polluants, a favorisé la santé périnatale chez des couples subfertiles ou qui avaient souffert de problèmes lors de grossesses antérieures. .

Les intervenants en santé, qui n’ont pas le temps de réviser toutes les précautions environnementales avec chaque patiente et chaque famille, seront enchantés de savoir qu’il y a des ressources éducatives plus près de nous, en français en plus de l’anglais. En effet, le Centre de ressources Meilleur départ, en collaboration avec le Partenariat canadien pour la santé des enfants et de l'environnement, publie non seulement un manuel de stratégies à l’intention des fournisseurs de services pour réduire les risques environnementaux relatifs à la grossesse et l’enfance, mais des affiches et des dépliants qu’on peut commander en ligne (www.meilleurdepart.org/resources/environ/index.html) avec un présentoir spécifique 13 .

Conclusion

S’il y a diminution de la fertilité et perturbation des fonctions reproductrices dans notre société, nous pouvons en identifier quelques facteurs reliés à des formes de pollution. Une fois additionnés les uns aux autres, et au long des années, ils finissent par compter. Contre certains de ces polluants, le seul recours est collectif ; contre d’autres, chacun peut changer de petites habitudes de la vie quotidienne. Des outils de communication sont disponibles pour informer et motiver les couples et les familles.


Association pour la santé publique du Québec



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