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Octobre 2007, Volume 11, Numéro 2

Le Périscoop



République Démocratique du Congo
Actions croisées pour la promotion de la périnatalogie

Gabriel NSAKALA, MD, MPH, MSc, MAcom
Médecin-Pédiatre, expert en communication et santé,

« Aucune femme ne doit perdre la vie en donnant la vie ».


Cette phrase traduit depuis peu l’engagement pris par des acteurs de la santé pour réduire l’effroyable mortalité maternelle et néonatale en République Démocratique du Congo. Second pays de l’Afrique sud saharienne avec une étendue de 2 345 000 km², sa population majoritairement jeune, est estimée à 60 000 000 d’habitants; soit une densité de 25 habitants par km².

Le pays est actuellement en situation de post conflit après avoir connu deux guerres entre 1996 et 2003, qui ont eu un impact très négatif sur l’ensemble des secteurs de la vie nationale, notamment l’éducation et la santé. Les indicateurs de base en lien avec la périnatalité sont tirées des enquêtes « État des lieux de la Santé » de 1998 et « Enquête Nationale sur la situation des femmes et des enfants » de 2001, où le taux de mortalité maternelle était de 1,837 (en 1998), et 1,289 (en 2001) p. 100 000 NV en moyenne nationale, ce qui fait plus de 52 000 décès maternels par an dans le pays, 2 000 p.100 000 NV dans la capitale Kinshasa et 3 000 p. 100 000 NV dans les zones de conflits à l’Est du pays ; soit 25 fois plus de risque de décès par rapport aux pays industrialisés. Associée à la mortalité infantile de 126 p 1000 NV, soit 1 nouveau-né sur 5 n’atteignait pas l’âge de 5 ans et seuls 25% des bébés survivraient au delà d’un an après le décès de la mère.

Cette très forte mortalité maternelle autour de la naissance est essentiellement liée aux hémorragies péripartales et aux infections puerpérales aigues associées aux pathologies gravidiques diverses dans un contexte de précarité socio-économique. La mortalité néonatale précoce, elle, est liée à la prématurité, aux souffrances fœtales, aux infections et aux malformations. De manière générale, cette forte morbi-mortalité materno-fœtale est imputable aux facteurs socio-environnementaux bien connues et souvent évitables, à savoir les « quatre trop »:

1. Les maternités trop précoces (les adolescentes de moins de 20 ans contribuent pour 20% à la natalité) ;
2. Les maternités trop nombreuses (la descendance totale moyenne est de l’ordre de plus de 7 enfants par femme) ;
3. Les maternités trop rapprochées (l’écart moyen entre deux naissances est inférieur à 2 ans) ;
4. Les maternités trop tardives (les Congolaises continuent à mettre au monde après 45 ans et aussi longtemps qu’elles le peuvent).

Et les « quatre tard » :

1. L’orientation tardive des femmes en travail vers les maternités de référence, après le temps perdu dans les maternités pirates mal équipées dont les actes médicaux sont cinq fois moins chers ;
2. La prise en charge gynécologique et obstétrique tardive des femmes en travail à l’arrivée dans les maternités, associée notamment au manque de motivation professionnelle, à l’insuffisance ou à l’absence totale d’équipement de base ;
3. L’accessibilité tardive de la population aux services de santé, préalablement payants, conséquence de l’inexistence de la couverture sociale organisée ;
4. L’arrivée tardive à cause de l’inaccessibilité géographique de certaines maternités, particulièrement en milieu rural.

Malgré le renforcement des activités du Programme National de la Santé de Reproduction au niveau institutionnel, avec un appui financier soutenu du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), la situation est demeurée préoccupante. C’est dans ce contexte qu’il faut souligner des actions croisées en faveur de la périnatalogie à travers des initiatives des acteurs de santé. Réduire la souffrance des mères et des bébés était perçu comme un défi à relever par les professionnels du secteur périnatal de Kinshasa qui ont organisé les premières journées de Périnatalogie de Kinshasa du 6 au 7 Aout 2004, sous le thème de «Accoucher et naître à moindre risque». Une démarche novatrice impulsée avec la dynamique des professionnels de santé de la diaspora Congolaise de Belgique, regroupés au sein du réseau « Cap santé asbl ».

Ce forum a mis ensemble gynécologues, obstétriciens, pédiatres, infirmières, accoucheuses et psychologues, issus des différentes institutions de la Ville de Kinshasa, réunis pour échanger les expériences et renforcer les compétences en vue de réduire la morbidité et la mortalité périnatale. Bénéficiant du soutien du Ministre de la Santé, de l’UNFPA et de Nestlé-RACO, ces premières journées auront été un succès, car elles ont permis de vulgariser de nombreuses pratiques simples et bien salvatrices pour la santé périnatale dans un contexte de faible revenu. C’est le cas de suivi des consultations prénatales, de la bonne tenue du partogramme, de l’importance du transfert in utero pour des grossesses à risques, de l’hygiène des mains pour les professionnels, de l’hygiène au cours de la grossesse et après l’accouchement pour les mères, de l’apport de l’allaitement maternel exclusif, du portage « kangourou » des enfants de faible poids, du rôle de première ligne de l’accoucheuse, du travail en équipe notamment avec des intervenants psychosociaux, de la concertation permanente obstétrico-pédiatrique.

Malgré une conjoncture difficile, les acteurs périnatals de Kinshasa ont témoigné de la volonté de pérenniser les acquis de ces premières journées en adoptant sa périodicité biannuelle et son envergure nationale. Cependant, le climat politique peu favorable autour de la période électorale n’a pas permis de rééditer l’exploit en 2006. Toutefois, la tenue à Kinshasa du Congrès de la Société des Gynécologues Obstétriciens Africains du 3 au 7 septembre 2007 sera une opportunité pour des nouveaux échanges en faveur de la santé périnatale.

Par ailleurs, considérant la part importante du volet comportemental et socioculturel dans la mortalité périnatale, un programme télévisé de promotion de santé, conçu et concrétisé sur une initiative personnelle des médecins depuis l’an 2000, a été mis à contribution. Diffusé le week-end aux heures de pointe (21h-22h) et rediffusé en semaine sur une chaine de grande audience (RAGA TV), « Carnet de santé » se veut une tribune de sensibilisation, d’information et de formation de la communauté, tout en servant de relais pour la formation continue des acteurs de santé, notamment des leçons apprises lors des journées de périnatalogie de Kinshasa. Présenté par deux médecins pédiatres, soutenus par une présentatrice qui relance le débat, l’émission d’une heure est présentée en français et en langue locale dans une expression très simplifiée avec des exemples tirés de la vie quotidienne. Le public y participe en direct via le téléphone ouvert ou par courrier électronique et posté. Ce programme d’intérêt communautaire traite de tous les sujets préoccupant de santé publique, particulièrement orientés vers la santé de la mère et de l’enfant. Cette contribution est très appréciée par le public qui en bénéficie largement, sans que le Gouvernement ne lui apporte un appui financier, ce qui n’empêche pas les médecins producteurs à persister dans la voie de l’excellence avec un engagement de plus en plus fort.

En dépit de tout, l’amélioration de la santé maternelle et périnatale demeure un pari à gagner en RD Congo. Les actions croisées des professionnels de santé devront être soutenues et complétées par une politique publique saine plus élaborée avec des moyens financiers, techniques et humains conséquents. La santé des mères et le devenir des bébés en dépendent formellement.

gabysak@yahoo.fr
carnetdesante@hotmail.com


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