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Octobre 2007, Volume 11, Numéro 2

Le Périscoop



Et si c'était un jardin?

Céline Lemay, Ph.D.
Sage-femme

« Dans le jardin, si les fleurs sont multiples, l’eau est une. »
Abd Al Malik, extrait de Gibraltar



Ailleurs, il y a des gens qui font autre chose qu’ici. Ailleurs, il y en a qui prenne parole. En regardant l’évolution des pratiques des soins de maternité un peu partout dans les pays industrialisés, il y a de quoi prendre parole et vouloir réagir devant le grand changement climatique en faveur de la technologie et de la chirurgie. Qui n’a pas entendu parler d’ « épidémie » de césariennes? La vision médicale est dominante et la vision sociale est devenue marginale. Les textes de ce numéro font état de réactions et de résistance à ces tendances. Ils font aussi appel aux changements.

Il est vrai que la périnatalité s’est structurée autour d’objectifs de résultats et il est vrai qu’il faut viser la meilleure santé des mères et des bébés. Cependant, nous constatons que l’interventionnisme et le modèle chirurgical de l’accouchement ne mènent pas nécessairement à de meilleurs résultats. Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe chez nos voisins américains pour en constater les limites et même les effets négatifs sur la santé des mères et des bébés.

Je crois qu’il ne faut pas se fermer les yeux sur la tendance lourde d’une vision productiviste, mécaniste et technologique des soins de maternité. La couleur de l’ère industrielle a teinté l’organisation et la mentalité des soins. Au Québec, nous avons fait le constat: malgré des changements notables depuis plus de 20 ans, nous avons humanisé la médicalisation de la naissance plutôt que de la démédicaliser. Nous continuons quand même à proposer des « traitements » même à celles qui n’en n’ont pas de besoin.

Comment ne pas penser alors à nos façons de faire avec notre Terre? Pour avoir des résultats en grande quantité et rapidement, nous avons l’avons agressée avec des herbicides, des pesticides et de l’engrais chimique. L’incertitude n’est pas une option. Nous constatons avec effarement les dégâts à la grandeur de la planète générés par cette mentalité. Nous sommes invités à adopter et développer un esprit écologique, où il faut penser à long terme, où il faut respecter et soutenir la Nature plutôt que la contrôler et la programmer.

Ne serait-il pas temps de développer une pensée « écologique » en périnatalité? Un système de santé est peut-être « géré » comme une entreprise mais un enfant n’est pas un « produit » dont nous avons surveillé la production à toutes ses étapes. Si nos familles sont la base de notre société, ne pourrions-nous pas être un jardin qui favorise leur émergence et leur croissance au lieu de miser sur un système de surveillance et de contrôle? Employer tous les moyens d’intervention n’est plus considéré comme la meilleure stratégie, surtout pour un processus normal la plupart du temps. La mentalité des interventions préventives ne donne pas de meilleurs résultats non plus. Cependant, une pensée écologique va de pair avec une culture de la confiance. C’est aussi important que nos efforts pour viser un développement durable car nous touchons à l’avenir, aux générations qui viennent.

L’ASPQ a été un acteur social non négligeable dans la mouvance québécoise en périnatalité depuis près de 30 ans. Des convictions simples et essentielles : la maternité est un processus normal et global. Elle est multidimensionnelle et elle appartient à la communauté. Les femmes sont capables de porter et de mettre au monde leur enfant. Les parents sont compétents. L’ASPQ se base aussi sur les convictions de la Chartre d’Ottawa. La santé? Elle est conçue comme une ressource dans la vie quotidienne et non comme un but de la vie.

Belles semences pour développer la pensée du « jardin ». Comme les efforts pour prendre soin de notre planète, il faut commencer par le quotidien, les petites choses, chaque femme, chaque rencontre. Il faut peut-être aussi oser prendre la parole. Ce que d’autres font « ailleurs » nous touchent. Ce que nous faisons « ici » est aussi important pour eux.
Dans l’invisible du monde, la vie sera nourrie.


Association pour la santé publique du Québec



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