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Juin 2004, Volume 8, Numéro 2

Le Périscoop



La mouvance des pères
Que sont les pères devenus?... ou la mouvance de la paternité




Martin et Mariel
Ce texte a été écrit d’après des propos recueillis auprès de monsieur Dominic Bergeron, travailleur social au CLSC de Hull et qui est
co-auteur avec monsieur Robert Laliberté, du CLSC des Pays-d’en-Haut, du Guide d’animation accompagnant le vidéo Pères enjeux.


Entre 1950 et 1970, les rôles du père étaient cantonnés, dans la grande majorité des cas, autour de deux pôles majeurs. Le père travaillait le plus souvent à l’extérieur pour ramener à la maison les ressources nécessaires à la survie et à l’épanouissement de la famille. C’était donc lui, le pourvoyeur, qui exerçait dans la foulée son second rôle, le rôle d’autorité, qui faisait de lui le parent qui maintenait la discipline auprès des enfants. C’était l’époque du attends que ton père arrive!

Au risque de « faire cliché », c’était aussi l’époque où un homme ne pleurait pas, n’avait apparemment ni peur ni angoisse, peu d’émotions et démontrait discrètement son affection.

Au cours des dernières années, plusieurs transformations culturelles, sociales et économiques importantes ont bouleversé la vie des familles. Ce sont, notamment, l’évolution des valeurs et des rôles, les nouvelles configurations familiales et certaines réalités économiques. Ce qui était valorisé hier est
aujourd’hui remis en question, contesté et même parfois décrié. Ces changements ont atteint tous les membres de la famille, y compris les pères.

Dans cette mouvance, le rôle du père est remis en question. Les dimensions du rôle paternel se sont agrandies et débordent maintenant le cadre de pourvoyeur et de figure d’autorité. Les pères sont de plus en plus présents auprès de leurs enfants et le sont autrement. Or, les pères d’aujourd’hui sont les enfants de ces pères des années 70 et, à ce titre, ils expérimentent des rôles extérieurs à leurs acquis et différents de leurs expériences de vie. Chemin faisant, et face à ces immenses défis, ils sont de plus en plus conscients qu’ils ont autant de besoins en tant que pères qu’en tant qu’hommes.

La transformation de la famille

Du modèle unique de père, mère et enfants, la transformation de la famille vers de nombreuses formules est l’un des grands bouleversements de notre époque. Les nouveaux modèles que sont les familles recomposées, les familles nucléaires, les familles monoparentales et, en cas de séparation, les différents types d’arrangements familiaux (garde partagée et de garde de fin de semaine), entraînent nombre d’incertitudes, de craintes et de sentiments de culpabilité pour les pères et les mères. Les attentes ont changé, les références ne sont plus les mêmes et cela crée une instabilité parmi les membres de la famille qui, pères ou mères, sont confrontés brutalement à une absence de modèle de référence puisque le modèle unique ne peut plus s’appliquer dans tous les cas.

Et c’est ce qui conduit les pères à exprimer de plus en plus leurs besoins, ils veulent voir leur enfant et ils tiennent à passer des moments qualitatifs avec lui. Alors qu’ils entendent de plus en plus un discours de société selon lequel il est important pour les pères de s’impliquer dès la naissance auprès des enfants, les pères commencent à penser que tant le père que la mère peuvent répondre aux multiples besoins de leur enfant au gré de sa socialisation. C’est pourquoi nombre de jeunes pères prennent conscience de l’importance de leur implication dès la grossesse, ils vont parler à l’enfant avant sa naissance, masser le ventre de sa mère et écouter les battements du coeur de leur bébé.

Le partage des tâches et des responsabilités

Voici un autre défi de taille pour les pères. Lorsque l’homme travaillait et que la femme élevait les enfants à la maison, elle prenait aussi en charge les tâches ménagères, les soins aux enfants incluant les visites chez le médecin et les devoirs. Les pères réalisent qu’ils ont un rôle à jouer à ce titre
et cette nouvelle façon de s’investir demande de revoir l’implication de chacun au sein de la famille. Ces changements sont souvent vécus avec inquiétude par la mère qui va voir son enfant trouver du réconfort dans les bras de son père : « suis-je une bonne mère? » se culpabilisera-t-elle.

La gestion des conflits au quotidien

Tous ces changements sociaux et familiaux peuvent entraîner des conflits au sein de la famille. Ce qui est nouveau, c’est que les pères ont une approche qui leur est propre pour régler ces questions, qu’ils demandent de plus en plus d’aide et qu’ils commencent à exprimer leurs besoins de soutien dans un esprit de médiation.

La conciliation travail, famille, loisirs

Le travail continue d’être pour les hommes une source importante de valorisation et d’identification. Il suffit de voir combien les pères sans emploi sont nombreux à se sentir dépréciés lorsqu’ils sont à la maison sans l’avoir choisi, ce qui ne fait pas nécessairement d’eux des pères plus présents qualitativement auprès de leurs enfants. Nous observons un souci indéniable de conciliation entre la nécessité de disposer de revenus familiaux nécessaires pour répondre aux besoins des membres de la famille et le souci de vivre une vie familiale, conjugale et personnelle équilibrée.

Par contre, on voit une ouverture plus grande de la part des employeurs face aux soins des enfants donnés par les pères. Les hommes ont pleinement conscience qu’ils ont un rôle à jouer pendant la grossesse, qu’ils peuvent participer directement à l’accouchement et passer les deux ou trois premiers jours avec la mère de leur enfant. Ils ont moins besoin de se cacher en prétextant une panne de voiture pour rester avec leur bébé. Ne voit-on pas des hockeyeurs qui s’absentent et n’hésitent pas à dire que c’est pour assumer leur rôle de père!

Le réseau social de soutien des pères

Les hommes en majorité éprouvent des difficultés à demander de l’aide et une étude récente du ministère de la Santé et des Services sociaux considère qu’il y a urgence d’agir face au taux élevé de suicide des hommes et à leur grande détresse psychologique alors que pratiquement aucune ressource spécifique n’existe pour leur venir en aide. Le soutien principal des pères est leur conjointe et lorsqu’ils se séparent c’est aussi leur confidente qu’ils perdent. Il est important que les pères puissent trouver du soutien au moment de la naissance, tout comme pendant les autres périodes de transition que sont la rupture et la perte d’emploi. Leurs réseaux de soutien formels et informels doivent se développer, non seulement auprès de leurs milieux naturels que sont le travail, les amis et la famille mais aussi par la mise en place de ressources adaptées à leurs besoins. On peut mentionner ici l’initiative qu’est Pères enjeux, une vidéo — dont vous trouverez les références dans la rubrique Brèves nouvelles sur les pères — accompagnée d’un guide d’animation qui sert de base de discussion pour les pères et les intervenants.

Les défis de l’avenir

Ainsi de la force et l’invulnérabilité, les pères sont passés à une plus grande ouverture et à une meilleure connaissance d’eux-mêmes. Il en ressort des moments où ils témoignent à la fois de leurs limites et de leur vulnérabilité. Pour les enfants d’aujourd’hui, ce passage d’un père absent idéalisé à un père présent au quotidien montrant sa vulnérabilité, est un changement majeur de l’époque que nous vivons, très prometteur pour les relations hommes-femmes de l’avenir.

Au niveau individuel, chaque père doit se bâtir un réseau complémentaire au soutien de sa conjointe. La première année de l’enfant est une grande période de vulnérabilité et il est important qu’il se sente soutenu et puisse avoir des moments de répit. Quant au défi de la communauté, il est urgent de mettre en place des ressources d’aide spécifiques aux pères. D’ailleurs l’étude Les hommes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins, commandée en 2003 par l’ancien ministre Roger Bertrand et remise au ministre de la Santé Philippe Couillard le 7 janvier, conclut qu’il est urgent de créer un comité permanent dont la mission sera d’élaborer et de mettre en oeuvre une stratégie interministérielle de soutien à la condition masculine.(1)

1. Il y urgence d'agir d'Yves Chartrand, Le journal de Montréal du 28 avril 2004.


Juin 2004, Volume 8, Numéro 2


Editorial
• Les Pères

Allaitement
• Une banque de lait maternel
• Consultation de Santé Canada sur le renouveau législatif en matière de santé

Sages-femme et domicile
• Enfin le Règlement sur les normes de pratique et conditions d’exercice lors d’accouchements à domicile !

Dossier pères
• Témoignage de naissance
• La mouvance des pères
• Peut-on parler de « couple enceint »?
• Pères et communautés culturelles

Brèves nouvelles sur les pères
• Pères enjeux
• Coeur de pères
• Ni rose ni bleu
• Les pères à la maison aux Etats-Unis

Obstétrique et santé publique
• Conférence annuelle de l’ASPQ 2004

Zone rencontres prénatales
• Une nouvelle chronique dans le Périscoop

En bref
• Pavillon de la naissance-ASPQ
• Le Deuil périnatal
• Nouveauté dans la région de Drummondville
Association pour la santé publique du Québec



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