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Novembre 2004

Le Périscoop



Les commandites et la formation continue
Apparence de conflit d'intérêt

Bernadette Thibodeau, infirmière et membre du Comité national en périnatalité de l’ASPQ, et Lysane Grégoire, directrice générale de l’ASPQ

Récemment, plusieurs médecins et infirmières ont reçu une invitation aux Journées de Pédiatrie de Sainte-Justine : Symposium NESTLÉ en nutrition pédiatrique, infectiologie pédiatrique et vaccination. Ce symposium aura lieu les 9 et 10 décembre 2004. Pour plusieurs, cette invitation a créé un fort malaise. En effet, une association avec une compagnie maintes fois dénoncée pour son non respect du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel entache la crédibilité et engendre une apparence de conflit d’intérêt.

Depuis 1977, la compagnie Nestlé est l’objet d’un boycott mondial en signe de protestation contre ses techniques de marketing non éthiques, tout particulièrement dans les pays en voie de développement. C’est ce boycott qui amena l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à adopter le Code en 1981. Le boycott se poursuit toujours puisque ce géant transnational continue de contourner le Code en donnant des cadeaux et autres matériels aux professionnels de la santé et en déversant sans relâche sa pluie d’échantillons de préparations commerciales. Ces pratiques sont reconnues pour leur effet dévastateur sur l’allaitement maternel. L’OMS estime d’ailleurs à 1,5 million le nombre de bébés qui meurent chaque année faute d’avoir été allaités. Rappelons que, suivant les Lignes directrices en allaitement du MSSS, tous les centres hospitaliers devront avoir entamé en 2004 les démarches menant à la certification Ami des bébés, ce qui implique le respect du Code.

Comment accepter de participer à une formation commanditée par une compagnie qui contrevient impunément au Code? Le Comité canadien pour l’allaitement (CCA) a émis en 1998 des Lignes directrices sur l’acceptation de dons et de commandites ou l’adjudication de contrats d’après le Code international de l’OMS. Dans ce document, on recommande : N’ACCEPTEZ PAS DE DON ET NE CONCLUEZ PAS DE PARTENARIAT SI VOUS DOUTEZ DU RESPECT D’UN ARTICLE QUELCONQUE DU CODE PAR VOTRE DONATEUR OU PARTENAIRE ÉVENTUEL.

Dans son rapport Breaking the Rules, Stretching the Rules 2001, le Réseau international des groupes d’action pour l’alimentation infantile (IBFAN) expose de façon détaillée comment la compagnie Nestlé (et plusieurs autres) contrevient de multiples façons au Code, tant dans sa promotion auprès de la population que dans celle destinée aux professionnels de la santé, en passant par son étiquetage et ce, dans plusieurs pays incluant le Canada.

Nous avons contacté les organisateurs du Symposium Nestlé et avons interrogé le Dr Marc Lebel, pédiatre et responsable de cette formation. Le Dr Lebel a tout d’abord insisté pour souligner la grande rigueur de leurs activités de formation et leur respect absolu du Code de déontologie Rx and D>/i> qui interdit tout lien entre le commanditaire et le contenu de la formation. Le Dr Lebel avait entendu parler du programme Ami des bébés, et un peu du Code international, mais à son avis, les problèmes se situent ailleurs dans le monde et pas au Québec. Après une conversation de près d’une heure, le Dr Lebel a semblé mieux comprendre l’étendue du problème et nous a assuré qu’il en discuterait avec ses collègues et verrait comment ils pourront arranger les choses la prochaine fois. Son objectif, et nous n’en doutons pas, est d’offrir une formation de qualité qui soit accessible aux professionnels. Le problème, c’est qu’il paraît tout à fait incongru pour une organisation sérieuse de s’associer avec une compagnie qui fait passer ses intérêts économiques au-dessus de la santé des nourrissons.


Novembre 2004


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Allaitement
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