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18 juin 2020 - Lettre ouverte - COVID-19 - Alcool

L’alcool serait trop présent dans nos vies

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L’alcool serait trop présent dans nos vies

L’alcool fait partie intégrante de nos vies : c’est un moyen de célébration, de socialisation, de détente, de réduction du stress ou d’échappatoire. Or, selon une nouvelle étude canadienne[1] publiée en ligne ce mois-ci dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs et menée par des chercheurs du Canadian Institute for Substance Use Research, il faudrait abaisser notre niveau de consommation à un verre par jour. Mais l’alcool est-il trop présent dans notre environnement pour répondre à cette recommandation ?

Celle-ci redonnerait une juste et saine place à l’alcool dans nos vies et en réduirait autant que possible ses méfaits ! Pourtant, si nous prenons le temps d’observer notre environnement et prêtons attention à l’encadrement de cette substance, on s’aperçoit que la publicité et la promotion de l’alcool sont omniprésentes et socialement acceptées. Nous y sommes tous consciemment ou inconsciemment exposés : sur des abribus, dans des vitrines de commerce, sur des panneaux, sur des colonnes de rue et dans le métro de Montréal. Elles ont une influence sur notre consommation, et plus particulièrement, celle des personnes vulnérables ou en situation de dépendance. D’ailleurs, les enfants et les adolescents ne font pas exception à cette règle. Évitons d’exposer nos jeunes à la tentatrice publicité, car elle est associée à une augmentation des niveaux de consommation et à une initiation précoce.

L’enjeu de l’exposition aux publicités d’alcool dans l’espace public est préoccupant et nous devons collectivement nous assurer de ne pas aggraver une situation déjà précaire. Dans une perspective de santé publique, il serait nécessaire d’éliminer toute publicité d’alcool de nos lieux publics.

Les décideurs font-ils fausse route ?

Aujourd’hui, pour des raisons économiques, nous assistons à des propositions de dérèglementation provinciales et municipales en matière d’alcool qui pourraient favoriser une hausse de la consommation d’alcool et aller à contresens des résultats de cette étude. Au cours des dernières semaines, nous avons été témoins de plusieurs demandes d’allègements règlementaires de la part de commerçants en tant que lobbys ou sur la place publique. Aussi, de plus en plus de municipalités acceptent, désormais, de façon temporaire ou permanente, d’autoriser la consommation d’alcool dans plusieurs lieux publics.

D’ailleurs, durant la pandémie, on a constaté qu’un.e Québécois.e sur cinq a augmenté sa consommation d’alcool. Ces changements d’habitudes ont surtout été observés chez les jeunes âgées de 18 à 34 ans, les femmes et les parents avec des enfants à la maison. L’avenir nous dira si cette tendance à la hausse n’est attribuable qu’à un contexte plus stressant ou si nous en payerons individuellement et collectivement les conséquences à plus long terme. Discrète ou tapageuse, la publicité de l’alcool envahit-elle trop l’espace public ; est-elle source d’incitation ?

Dans un contexte où nous sommes appelés à réduire notre consommation d’alcool pour notre santé, il est temps de confiner la publicité, à son tour, à l’intérieur des commerces où il se vend de l’alcool.

Thomas Bastien
Directeur général

[1] Does Drinking Within Low-Risk Guidelines Prevent Harm? Implications for High-Income Countries Using the International Model of Alcohol Harms and Policies

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