Association pour la santé publique du Québec

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26 mars 2020 - Lettre ouverte

SAQ : derrière la question du service essentiel

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Le débat se polarise : est-ce que les succursales de la Société des alcools du Québec doivent demeurer ouvertes ? Les échos contradictoires résonnent de partout. Les uns soutiennent que la SAQ n’est pas indispensable parce que l’alcool est accessible dans les épiceries et les dépanneurs qui, pour leur part, restent ouverts. Les autres allèguent que, considérant le volume actuel d’achats d’alcool, maintenir ouvertes les succursales de la SAQ permet de réduire l’achalandage chez les autres détaillants, de favoriser la distanciation sociale et de réduire les risques de transmission du virus.

Loin d’être anodin, ce débat illustre la place prépondérante qu’occupe l’alcool dans notre société. Actuellement, même si l’heure n’est pas aux réjouissances, les ventes d’alcool se comparent à celles du temps des Fêtes. Peut-être s’agit-il d’achats pour constituer des réserves en cas de confinement plus sévère et que cela ne reflète pas la consommation réelle actuelle. Ce contexte particulier soulève néanmoins des questions. Sachant que le stress favorise une hausse de la consommation d’alcool, il sera pertinent, une fois la pandémie stoppée, d’étudier notre relation à l’alcool. Et puisqu’il n’existe aucun niveau de consommation d’alcool sans risque pour la santé, peut-être que l’on en profitera pour explorer de nouveaux moyens de se détendre et de socialiser afin de réduire, globalement, notre consommation et de varier nos sources de plaisir.

Ce sera également l’occasion de remettre en question les tactiques promotionnelles et le marketing de cette industrie. L’alcool est partout. Même si on veut éviter d’y être exposés, les publicités d’alcool sont omniprésentes dans les lieux publics: on ne peut y échapper. Des affiches publicitaires tapissent les vitrines des dépanneurs, des bars, des abribus ainsi que les couloirs du métro. Même confinés à la maison, nous ne sommes pas à l’abri des publicités d’alcool, qui apparaissent sous forme d’annonces ou de commandites d’émission à la télévision, sur le Web et sur les réseaux sociaux. Il est démontré que ce marketing mousse la consommation d’alcool, en plus d’influencer le moment d’initiation à l’alcool chez les jeunes. Revoyons ensemble les règles qui définissent la promotion de l’alcool et, quand la crise sera résolue, réclamons de nouvelles règles pour la publicité de l’alcool! Pourquoi ne pas confiner l’alcool seulement dans les lieux où il s’en vend?

Aussi, force est d’admettre que le programme Inspire de la SAQ n’est pas un service essentiel. Bien au contraire, dans le contexte de la COVID-19, il favorise le contournement des directives gouvernementales en augmentant le temps à la caisse, ainsi que la file d’attente et la période de proximité entre vendeur et acheteur. Cet outil de marketing prolonge aussi le temps de magasinage de ceux qui recherchent les meilleures offres possible. Enfin ce programme constitue un incitatif pour acheter davantage d’alcool. Rappelons que stocker de l’alcool à la maison encourage une consommation accrue. Pourquoi ne pas le suspendre alors que tous les efforts sont déployés pour éviter la propagation du virus ? Qu’importe la période et les événements de l’année, notre choix de boire, qu’il soit essentiel ou non, devrait être libre d’influence.

Offrons-nous ce choix de société, notre santé nous en remerciera grandement.

Thomas Bastien, directeur général
Association pour la santé publique du Québec

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