Association pour la santé publique du Québec

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Argumentaire

Quoi dire à vos patientes qui désirent perdre du poids?

Sur les régimes et la privation alimentaire

Il est clair que la réponse aux problèmes de poids ne s’arrête pas à la quantité ni à la qualité de ce que l’on mange. Les études le démontrent bien, les régimes et la privation ne sont pas des solutions durables et efficaces aux problèmes de poids. Ils entraînent et entretiennent la plupart du temps des conséquences psychologiques parfois graves telles que la diminution de l’estime de soi, l'augmentation des sentiments de frustration et de culpabilité, sans parler des troubles du comportement alimentaire, la préoccupation excessive à l’égard du poids, etc.

La restriction cognitive est la théorie la plus élaborée pour expliquer à la fois l’échec des PSMA et les problèmes qui en découlent. La restriction cognitive consiste à manger sans tenir compte des informations que nous fournit notre organisme par le moyen des sensations de faim et de satiété. On mange selon des plans préétablis, dans des quantités dictées par les régimes. Les travaux de Polivy et Herman ont démontré que l’on ne mange donc plus par faim et qu'on ne s’arrête pas de manger parce qu’on est rassasié, mais parce qu'on se fie à de fausses croyances sur ce que renferment les aliments, en leur prêtant notamment des effets plus ou moins " grossissants ". On ne fait donc plus confiance en son corps et en ses systèmes de régulation naturels du poids.

  • Comme on mange moins afin de maigrir, la faim et l’envie de consommer des aliments riches en calories s’en trouvent exacerbées, ce qui oblige à une lutte permanente contre ses désirs alimentaires.

En instaurant un tabou sur un aliment, on provoque l'effet contraire à celui souhaité puisqu’il devient ainsi plus attirant. Le contrôle favorise la perte de contrôle. L’interdit conduit à l'excès lorsque la période restrictive s'achève. L'individu en état de frustration alimentaire mange alors au-delà de ses signaux de faim et de satiété, souvent de toute façon, inexistants.

Sur les 8 critères de saines gestion du poids

Pour un changement sain et durable en matière de perte de poids, voici quelques pistes pour vous orienter :

 

1. Le rythme de perte de poids

Le poids visé doit être le poids génétique, aussi appelé poids naturel, set-point ou pondérostat. Il ne s’agit pas là du poids idéal calculé à l’aide de l’IMC. Il s'agit du poids que la nature nous a donné et que l’on maintient ou retrouve en écoutant ses sensations de faim et de satiété. Pour les gens qui sont constamment au régime, obsédés par leur poids et qui passent la majorité de leur vie à tenter de contrôler en vain leur alimentation dans le but de maigrir, il est clair qu'il est essentiel de faire de la liberté alimentaire le but premier de la démarche et que c'est cette dernière qui les conduira à perdre du poids. Le «travail» consistant à se reconnecter sur ses signaux de faim et de satiété de façon naturelle rend impossible toute prédiction quant au rythme auquel s'effectuera la perte de poids, car celle-ci est variable d'un individu à l'autre, selon sa génétique et son histoire. Lorsque ce premier but est atteint, le corps, cessant de craindre la prochaine famine (car c’est de cette façon qu'il perçoit les restrictions et les régimes à répétition), se départit alors tranquillement des réserves de tissus adipeux qu’il avait faits en prévision des prochaines périodes de famine. Pas question de rester sur son appétit pour parvenir à maigrir, mais au contraire, il faut manger à sa faim avant de laisser le corps faire le reste du travail. Les hormones telles que la leptine notamment, effectuent une rétroaction négative sur l’appétit, en fonction des réserves adipeuses stockées en surplus dans l’organisme.

Une perte de poids trop rapide (au-delà de 1 à 2 lb par semaine) s’accompagne trop souvent d’un effet rebond (reprise du poids avec kilos supplémentaires en prime!). En effet, il est scientifiquement démontré qu'une perte de poids rapide est interprétée par le corps comme une situation qui présente un risque pour sa vie. Pour garantir sa survie à long terme, le corps « marque » le poids avant qu'il ne maigrisse. Une fois le régime terminé, le corps retourne à ce poids «marqué». Ce qui prouve hors de tout doute que toute la volonté du monde n'a aucun effet face au désir de survie du corps humain. Ceci explique que seule l’écoute des signaux de faim et de satiété permet une perte de poids graduelle et durable, car elle se fait dans le respect du fonctionnement du corps humain.

2. L’approche en lien avec la démarche

Elle doit être globale, c’est-à-dire viser la santé physique et psychologique. Le rapport avec la nourriture et avec le corps devra être évalué et traité. Les dimensions telles que l’image corporelle, l’estime de soi et l’acceptation de soi devront évidemment être abordées. Il faudrait accepter son corps et le poids que la nature a choisi pour lui. Le corps est un précieux allié dans la démarche, pas un ennemi. Seul un suivi individualisé et régulier avec un professionnel de la santé peut assurer le succès d’une approche saine et globale en matière de gestion du poids.

3. L’intervention alimentaire

Il doit s’agir d’une ‘’thérapie nutritionnelle’’ où les habitudes alimentaires dictées par l'horloge (l'heure de manger), l’éducation (l'obligation de finir son assiette, par exemple), les fausses croyances face aux aliments dits diététiques ou engraissants et toutes autres raisons entrainant une prise alimentaire en l’absence d'un signal de faim doivent être traitées. Aucun aliment ne sera interdit. Aucun plan alimentaire ne sera suivi. Dans le cas de rages ou de compulsions alimentaires, il faut réapprivoiser l’aliment en cause et réapprendre à le manger en fonction de ses signaux de faim et de satiété, comme pour tous les autres aliments. Pour cela, il faut lever toutes formes d’interdits, se permettre de manger en fonction de nos appétits spécifiques et ne pas s’en sentir coupable. Au lieu de classer les aliments de façon dichotomique (bons ou mauvais), il serait préférable de les choisir en fonction de nos goûts, de les manger parce ce qu’on les aime. En nous alimentant de cette façon, on s’assure de répondre adéquatement aux besoins de notre corps, qui sait exactement de quoi il a besoin. Les études démontrent d'ailleurs que les gens qui mangent de façon intuitive (en fonction de leurs signaux de faim, de satiété et de leurs goûts) ont une alimentation plus saine et un poids moins élevé que ceux qui se restreignent ou tentent de le faire.

4. L’activité physique

L’activité physique favorise l’activation du métabolisme et par conséquent une plus grande dépense énergétique. Contrairement à la croyance populaire, le simple fait de bouger davantage ne fera pas maigrir plus, puisque l'activité accroit les besoins en calories pour répondre à la dépense énergétique plus importante. Autrement dit, plus on bouge, plus on a faim. Le but ici n’est pas de dénigrer tous les bienfaits que l’on attribue à l’activité physique, mais plutôt de souligner qu’il est important de bouger et de pratiquer une activité physique pour le plaisir plutôt que dans le but d’obtenir une perte de poids. Choisir une activité que l’on aime, c'est garantir le plaisir ressenti au moment de la mettre en pratique. C'est aussi le meilleur moyen d’accroître l’envie d’en faire plus souvent! Au contraire, si l’on s’impose une activité qui nous déplait et que l’on se fait malgré tout un devoir de la pratiquer de façon intensive pour faire fondre les kilos en trop, on risque de l’abandonner avant même d’en ressentir les bienfaits, en s'accusant de manquer de volonté. Obligation rime avec frustration, abandon, et finalement, culpabilité. Donc, le mot d’ordre pour profiter pleinement des bénéfices de l’activité physique est le plaisir! 

  • De plus, l’exercice aide au contrôle de la glycémie. En effet, une méta-analyse datant de 2001, conclut que le fait d’ajouter une diète à un programme d’exercice n’a pas d’effet sur la glycémie et donc, qu’un programme d’exercice seul suffit, et ce, sans égard au poids.
     

5. L’efficacité de la démarche

Elle doit reposer sur des principes scientifiques bien établis et son efficacité à long terme (5 ans) doit être démontrée.

6. L’innocuité ou l’aspect sécuritaire de la démarche

La démarche de perte de poids doit être sécuritaire. En aucun cas elle ne doit compromettre la santé physique ou psychologique. 

7. La promotion et la publicité associées à la démarche

Les allégations (mentions) associées à la démarche de perte de poids doivent être conformes aux lois et règlements en place. Elles doivent, entre autres, faire appel à des affirmations réalistes et à une information juste et complète.

8. Les coûts de la démarche

Une information complète sur le coût total potentiel de la démarche doit accompagner la méthode choisie.

Misez sur l’adoption de saines habitudes de vie

Vous le savez maintenant, une alimentation répondant aux besoins spécifiques du corps et la pratique régulière d’une activité physique plaisante sont deux éléments gagnants pour retrouver et maintenir un poids naturel.

Sur l'alimentation

Pour guider vos patientes dans leurs choix alimentaires, vous pouvez consulter différents liens intéressants :
 

  1. Le Guide alimentaire canadien
  2. Le site Extenso qui est la référence Web en nutrition du Centre universitaire de nutrition préventive NutriUM de l’Université de Montréal

Aidez vos patientes à retrouver le plaisir de manger sans culpabilité.

Plusieurs de vos patientes auront différentes idées ou croyances concernant certains aliments. Il est important d’en discuter avec elles afin de briser les mythes entourant les facultés plus ou moins grossissantes ou amincissantes qu’elles entretiennent à propos de ces derniers. L’objectif est qu’elles retrouvent une liberté alimentaire et ainsi, qu’elles soient à l’écoute de leurs signaux de faim et de satiété, autrement dit, à l’écoute de leur corps.

Sur l'activité physique

Perte de poids ne rime pas toujours avec santé

Pour plusieurs de vos patientes, activité physique rime avec centre sportif, corvée, ennui, manque de temps, etc. Encouragez vos patientes à choisir une activité qu’elles aiment, c'est garantir le plaisir qu’elles ressentiront au moment de la mettre en pratique. C'est aussi le meilleur moyen d’accroître leur envie d’en faire plus souvent!

  • Oui, le poids de notre société a augmenté. L’Organisation mondiale de la santé parle maintenant d’épidémie d’obésité. Ainsi, il importe de trouver des solutions à cette problématique. Toutefois, cela ne signifie pas que tous doivent se mettre au régime et perdre du poids.
  • Des études récentes démontrent qu’une amélioration des habitudes de vie sans perte de poids serait suffisante pour diminuer les risques de maladies chroniques.
  • Une méta-analyse datant de 2001, conclut que le fait d’ajouter une diète à un programme d’exercice n’a pas d’effet sur la glycémie et donc, qu’un programme d’exercice seul suffit, et ce, sans égard au poids.
  • Bref, l’important c’est d’adopter de saines habitudes de vie, peu importe son poids, pour être en santé et profiter de la vie!
Sur l’image corporelle et la perte de poids

Les raisons pour lesquelles vos patientes souhaitent une perte de poids ne sont pas toujours en lien avec la santé. L’industrie de l’amaigrissement l’a compris et utilise leur désir de ressembler aux canons de la beauté pour vendre ses recettes miracles. Toutefois, l’insatisfaction que certaines ressentent face à l’image que leur projette leur miroir peut être source d’une souffrance réelle.

  • Plusieurs études se sont intéressées aux effets de l’insatisfaction de l’image corporelle sur le bien-être psychologique : les résultats sont alarmants. En effet, ce type d’insatisfaction a été associée à un niveau plus élevé de symptômes dépressifs et de stress. Elle peut mener à des troubles psychologiques ou à l’adoption de comportements dangereux pour la santé tels que le tabagisme, la consommation de produits amaigrissants ou de suppléments augmentant la masse musculaire, l’entraînement excessif et la privation alimentaire.

Il importe donc d’aborder ce sujet avec vos patientes afin de cerner leurs motivations réelles pour ensuite travailler sur ces dernières. En tout temps, n’hésitez pas à référer vos patientes si vous pensez qu’elles bénéficieraient d’une aide plus spécifique, par exemple, au niveau de leur image corporelle. Vous trouverez plusieurs références dans la section Liens intéressants.

Visionnez cette publicité de Dove avec vos patientes pour amorcer une discussion avec elles au sujet de l’influence des médias sur notre conception de la beauté :

 

Outils pouvant appuyer vos interventions

Questionnaire d'évaluation d'une démarche de perte de poids

N’hésitez pas à compléter le questionnaire avec vos patientes afin d'évaluer si leur démarche de perte de poids est saine et sans danger pour leur santé. Il peut servir de point de départ pour amorcer une discussion au sujet des PSMA.

Dépliant d'information sur les régimes

Vous pouvez télécharger le dépliant en cliquant sur le lien suivant: consulter le dépliant

Vous pouvez également le commander gratuitement, moyennant des frais de port et manutention, en communiquant avec nous: commander le dépliant